Récupérer Vincent Broqua Quand une science naturelle fait des progrès, elle ne les fait jamais que dans le sens du concret, et toujours dans le sens de l’inconnu. Or, l’inconnu se trouve aux frontières des sciences, là où les professeurs « se mangent entre eux », comme dit Goethe (je dis mange, mais Goethe n’est pas si poli). C’est généralement dans ces domaines mal partagés que gisent les problèmes urgents. Ces terres en friche portent d’ailleurs une marque. Dans les sciences naturelles telles qu’elles existent, on trouve toujours une vilaine rubrique. Il y a toujours un moment où la science de certains faits n’étant pas encore réduite en concepts, ces faits n’étant pas même groupés organiquement, on plante sur ces masses de faits le jalon d’ignorance : « Divers ». C’est là qu’il faut pénétrer. Marcel Mauss M. Mauss s’expliquer PISTE B Une exposition (des entretiens d’écrans) piste b’ piste b’’ Piste intermittente Offrir les formes au rapport transitoire PISTE A Une enquête (des techniques du corps) lettres d’été film-rythme futura : fiction documentaire Piste intermittente La logique de l’absence (Une lettre de chiffres) PISTE C Traductions (épreuves du divers) pile face Hors piste S’expliquer 1. Une phrase s’amorce dans le divers. elle importe puisqu’elle cherche non pas à limiter définitivement sa progression infatigable. elle se joue de la paresse indécente de la fermeture. elle parie qu’il y aura des objets, des images, des mots, des corps, des formes, des situations, des faits, des entrelacs, des enquêtes dans la fiction. elle ne se plie pas, elle récupère cette expérience allègre, vive, progresse sans trop avancer, en un sens paresse parfois mais ne parie aucunement sur sa propre fin. ingambe, elle pratique le risque d’une multiplicité corrosive. elle est ce moment où certains faits ne sont pas encore réduits en concepts. elle s’alimente à l’indécence d’une clarté relative. [les phrases tentent de se regrouper ici en-deçà du groupement] 2. Mais alors, si la phrase entraîne la fiction, pourquoi faire une enquête ? l’enquête recherche dans le divers : interroge les animaux (mouches de Suzanne Doppelt, fourmis de Thalia Field, animaux recomposés d’Anne Portugal, et lamantins, loups, tulle d’Anne Waldman), interroge les plantes (haricots d’Abigail Lang, classement de Linné de Paul-Armand Gette, disparitions d’Yto Barrada), interroge les statues (de Philadelphie, du jardin du Luxembourg, de Polynésie, de Grèce, du Japon, des non-pays de la non-sculpture), interroge les mots, questionne ceux qui naissent et ceux qui s’épuisent, ceux qui sont menacés, ceux qui disparaissent, ceux qui vivent et ceux qui ne vivent pas, dans les sites entre, ou ceux qui ne sont pas encore, questionne la pertinence du détail, son effet, son champ d’action, regarde de tous côtés, retourne le questionnement contre lui-même, infiniment, questionne le bien fondé de la volonté d’enquête. L’enquête fait bien des distinctions dans le divers, mais le divers perdure puisque la phrase lui donne une existence sans qu’elle ne le détermine complètement. l’enquête se trouve aux endroits informés, déformés, non-formés, et ainsi de suite jusqu’à ce que la forme soit une question épaissie, sans véritables repères dans la grande étendue, de sable (plage), de mer (large). [bernache gibbon iguane krill silure univalve xylophage yack] [bouleau verruqueux charme commun/pyramidal érable cannelle/à écorce de papier parotie de Perse] 3. Si la phrase forme des écrans de projection, pourquoi et comment l’exposer ? L’exposition peut se voir diversement. Elle sort. Elle déploie. Elle fait. Elle montre. Elle met en garde. Elle met en joue. Son élégance est parfois contradictoire, l’éloquence n’est pas son métier. Elle s’entend comme une proposition. Elle rime peut-être scandaleusement. Un livre une exposition Un corps une exposition Faut-il qu’ils soient nus ou qu’ils soient recouverts ? Des situations une exposition Des paroles une exposition Des films une exposition Des lettres une exposition Au juste, tenter de faire un pari ? (tenu/pas tenu = s’en libérer aussitôt/le rejouer aussi) Traduire une exposition Désirer une exposition Être gai une exposition Pour être gai faut-il obligatoirement s’excuser de vouloir oser le formuler ? Exposer Contradictoire Exposer Faible Exposer Poli ou Politique ? Exposer Attentif Exposer Précis-flou Exposer En-positions Un fil, un mur, un livre, des mots, une phrase, de la colle pour plaquer le propos, des punaises pour épingler les images, des coins pour glisser les clichés, […] tentatives pour s’atomiser, diverses pratiques répréhensibles de divan ou de lit. un arrangement, un éparpillement, des envois de tous côtés brisés, courbes, répertoriés/non-répertoriés. Qui dira encore cela ? 4. Pourquoi poser ici des traductions ? la traduction est une approche du divers. elle se recompose, elle pourrait être un déplacement, elle pourrait être un espace blanc, elle a failli être un original, elle se grandit de ses approximations (peut-être), elle s’invente en des temps disparates. Mini-théorie de la traduction : elle plaque le texte au sol, lui fait une prise caractéristique qui le laisse à terre. boom. parfois il la relève. parfois elle le relève. boom. il y a entre elle et lui des relations qui semblaient réglées. elle s’abandonne parfois aussi alors qu’on lui demande précisément de s’asseoir et de prendre forme. elle peut se dissocier de ceux qui veulent contraindre ses marques souples. à ceux-là, elle répond, si elle le souhaite, par un peu de gymnastique, quelques mouvements athlétiques qui s’ignorent parfois 1-2-3-4 fffffff 1-2-3-4 repos one-two-three-four ffffffff one-two-three-four 1-2-3-4 fffffff 1-2-3-4 repos one-two-three-four ffffffff one-two-three-four [and breathe] [elle et lui récupèrent encore] 5. C’est donc ici, On ne trouve pas de rubriques, elles n’en sont pas encore, ou alors elles cessent de l’être pour osciller, clignoter, zigzaguer, strier, divaguer. Dans cette intermittence, il s’imagine des formes d’écritures, (notes, vers, traduire, récits, récit-conversations, didactisme, explosions) du feuillage couvrant, des figures, des écrans sympathiques, qui disparaissent partiellement ou s’interposent / des images reprises, des déplacements, des étrangers qui se demandent pourquoi on veut les faire sortir et par où ils vont être expulsés, intérieur/extérieur, des antagonismes frauduleux, des dialogues, conversations, films, lettres, échappées belles, pistes empruntées, pistes rendues floues, pistes reprises et effacées, pistes du dehors/qui vont bon train/ * * * * * * * * * * * * j’ai voulu me demander, par l’enquête, par l’exposition, par la traduction et le lointain qui s’approche ici, par diverses récupérations, ce que pouvait être la vie avec, sans, à côté, en bordure, au milieu, en plein dedans comme un flou parfois la clarté, on s’y résout peut-être, sans que l’affirmation ne signifie une affirmation totale, mais une extraction de l’interrogation perpétuellement PISTE B UNE EXPOSITION (des entretiens d’écrans) Prononc. et Orth. : [εkspozisjɔ ̃]. Cf. é-1. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1119 esposicïun « exposé, présentation, explication » (Ph. de Thaon, Comput, éd. E. Mall, 2779) ; 2. 1565 « action de présenter, d’étaler, de mettre à vue (des marchandises) » (Coutumes de la Chatellenie de Lille ds Nouveau Coutumier Général, t. 2, p. 924) ; 3. 1636 « abandon (d’un enfant) » (Monet) ; 4. 1676 « situation, orientation (d’un bâtiment) » (Félibien, p. 3) ; 5. 1690 « situation de risque, position découverte ou dangereuse » (Fur.). Empr. au lat. expositio « exposé, explication » et « abandon (d’un enfant) », dér. de exponere (v. exposer). Fréq. abs. littér. : 1 591. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 385, b) 2 770 ; xxes. : a) 3 682, b) 1 884. [PISTE B’] EXPLOSIONS ÉCRANS prélude à l’étalement noir & blanc plat rétroéclairé total tactile souvenir grand format de cinéma couleur télé petit grand géant de cheminée de tapisserie coloré protecteur de verdure des montagnes de fumée de la parole des préjugés démontable fixe perlé à pouvoir réfléchissant blanc faire d’ordinateur LCD à plasma à tube cathodique de veille splité de jeu super fond d’ bêta de recherche plein ticide nocif 12’’ 14’’ 16’’ 20’’ 26’’ économiseur d’ multiple pellucide décalé de contrôle velouté de contact actif de citations cinématographique de home-cinéma vidéo télescopique mobile déployé haute résolution basse résolution double fragmenté de montage de moniteur réduction d’ former un capture d’ critique de vie moucheté noir société de surveillance de brume amovible repliable pour salons de noms de fumée si j’écris une expression comme celle-ci que tout le monde pourra comprendre : « écran de fumée » si je la lis si je la dis, est-ce que je la pratique est-ce que je vois cet écran de fumée-là, ou s’agit-il toujours d’une expression figurée ? blanc Globe 1. un blanc des constellations que l’on doit s’imaginer scintillantes et bleues la règle des sphères certainement remonte à un moment plus ancien une carte cosmologique, cette fois ronde, dessinée par d’autres qui fait le portrait d’un siècle la peinture aussi d’un point de vue découpé en carrés ou, ici, en fuseaux ; Le globe céleste représente l’Univers avec, par convention et pour en faciliter la compréhension, la Terre en son centre. Le décor […] représente le ciel tel qu’il était au moment de la naissance de Louis XIV, le 5 septembre 1638. Toutes les étoiles connues sont figurées avec une taille correspondant à leur magnitude. Globe 2. l’autre blanc qui codifie le rien ou plutôt l’absence de représentation ou plutôt la représentation de l’absence de représentation sur la côte d’autres représentations. portrait d’un siècle par la carte de ses rois et le territoire qu’ils nomment ou désignent de noms qu’ils superposent au territoire représenté comme tel tel qu’on le voit sur la carte tel qu’on se l’imagine dans notre trait d’un coup d’œil tel pourtant toujours partitif de louis la part de la reine vierge la part qui établit louisiane virginie pennsylvania des états-unis tell me now cette amérique du nord ici inscrite sous le nom des indes avant que le nom trouvé dans un monastère ne s’impose et ne vienne recouvrir les deux parties presque symétriques pour ne plus signifier que la nation qu’elle est aujourd’hui la nation de la plus grande quantité d’écrans c’est ce nom lui-même un autre nom qui s’inscrit par son blanc dans la bibliothèque la carte d’une écriture qui serait une traduction Y a-t-il une telle différence entre ces globes il rejoignit à Paris le cardinal César D’Estrées, désireux d’offrir les plus grands globes jamais réalisés à son maître Louis XIV, considéré alors comme le « plus grand roi de la Terre » et L’Amérique encore sauvage, devenue l’Amérique de la Terre ? Est-ce la traduction des Amériques d’Indes à l’Amérique carte du monde, une différence de remplissage du portrait blanc à l’encre du portrait des rois ? Y a-t-il une différence entre ces globes et les noms de Nantes-Bordeaux-La Rochelle-Gorée-Zanzibar-La Barbade-la Jamaïque-Cuba-la Louisiane-Thomas Lynch-Antoine Crozat-Thomas Sutton de Clonard-le marquis de Laborde – la Louisiane et Louisiana –Thomas Lynch et Charles Lynch – entre le blanc de ce globe et le merveilleux plan bleu de ces astres – et Henry Smith (Paris, Texas, 1893), Lige Daniel (Texas, 3 août 1920), Roger et Dorothy Malcolm, ainsi que George et Mae Murray Dorsey (25 juillet 1946), Claude Neal (Jackson County, Floride, 18 octobre 1934), le dernier « spectacle lynching » ? After the incident happened, a lot of black people who were working for white people became very fearful – fearful of their jobs, fearful of what white people might do. Anything might happen. After a while things died down. I think everybody tried to forget it. [Maggie Atwater, African-American, 22 at the time of Claude Neal’s lynching] [Après l’incident, beaucoup de noirs qui travaillaient pour des blancs prirent peur – peur pour leur travail, peur de ce que les blancs pouvaient faire. Tout pouvait arriver. Les choses ne tardèrent pas à se calmer. Je crois que tout le monde essaya d’oublier.] [happened / happen / fearful – fearful fearful / things / think / died down] [survint / survenir / craintif-peureux-inquiet / choses / penser / retomba – littéralement : « mourir/disparaître à force de diminuer »] plat un drap suspendu blanc un fil tendu gris transparent derrière transparent gris tendu un fil blanc suspendu un drap ou redoublé société de mots d’Est. lumière jaune-vert nuit + neige dans la ville le passage des gens travelling des files de gens, des gens en enfilade, des gens qui marchent sans cesse sur la même ligne dans différents pays la foule le rapport du regard confronté à la caméra temps des valises des sacs des attentes des attaché-cases des pauses des passes des poses des gens qui attendent un bus un train des bagages l’air bleu du matin d’hiver la musique tonitruante de la plage, sans sous-titres, sans commentaire, des gens qui attendent un bus, qu’un tram passe, de pouvoir téléphoner, un train, que la caméra passe (pour la trouver ou s’en détourner ou l’affronter), attendent chez eux que la journée passe, que le maquillage marque suffisamment les lèvres, que le cadre se détourne, que l’écran de télévision fasse apparaître une image sur le son, d’avoir bu son café, fini sa tasse, que le plan se termine (quand ?), que l’horaire soit le bon, de connaître la bonne direction, que les bagages se soulèvent, que la porte ne fasse plus écran, de lui faire un tableau, de retourner chez eux, ou d’en partir, dans un état de transition, que la voiture tourne, que le feu passe au vert, que le tramway les filme, pour s’asseoir, d’aller à la ligne, de trouver quelque chose à dire, de se lever ou de rester assis, de rejoindre sa garnison, pour sourire, que le bébé reste endormi, que le miroir sans fond de la caméra ait bougé, que les paupières se lèvent, que la première bobine que la première bobine soit changée, qu’on ait dégagé la porte, de trouver le bon quai, de lire le tableau d’affichage, de trouver ou de retrouver les siens ou ceux qu’on attend, de terminer son tricot, de sortir du pareil au même, de se cacher le visage, de terminer la pomme, que le chanteur ait fini, d’avoir atteint la fin du journal ou la fin de l’article, de se singulariser, de passer de temps en temps, le dégel, que la lumière du jour apparaisse, d’aller quelque part, de foncer à toute allure, de ralentir, de tourner le volant, de rester en enfilade, tout droit, que la soirée s’achève, pour danser, que plus de monde arrive sur la piste, que le guitariste parle, que la serveuse vienne, que l’homme se décide à danser, qu’ils applaudissent, qu’ils changent de rythme, d’aller se rasseoir, de suivre le mouvement de la caméra, qu’on lui serve un hot-dog, d’avoir allumé sa cigarette, devant la boutique, en rangs serrés, en ordre dispersé, en quinconce, en parlant un peu, d’être passé dans le plan ou de l’avoir franchi, d’avoir des sous-titres, de vendre leur marchandise, d’avoir montré leurs produits (pain, saucisse, biscuits, friandises, quoi d’autre ?), d’avoir été acheté, que le disque fonctionne, que le bras du tourne-disque se positionne, que ce soit la bonne chanson, de trouver la bonne piste, d’enlever la peau de la charcuterie, de la couper, d’avoir coupé le pain, d’avoir mangé un petit morceau avec du pain, d’être mangé, d’avoir rangé l’assiette préparée, d’avoir ramassé les miettes, de continuer le trajet, de tourner à droite, que le repas soit prêt, qu’on lui adresse la parole, qu’il ait terminé d’écrire, qu’il ait fini de jouer du piano pour comprendre ce qui est dit à la télé, que le mouvement ultra-lent s’achève, de repasser au même endroit, de voir qui s’y trouve, de savoir ce qui est contenu dans ce regard, de ne pas avoir froid, qu’on leur réponde, que la caméra se livre sans les livrer eux, qu’on leur explique enfin, de comprendre, d’arrêter d’être pris pour des choses, que le jour arrive, d’avoir terminé les applaudissements, de s’être installée, de vérifier l’accord du violoncelle, d’avoir maîtrisé son instrument ou d’en avoir joué, la fin du morceau, d’avoir été applaudie, qu’elle prenne les fleurs, qu’elle vienne prendre les fleurs, qu’elle ramasse la fleur donnée, qu’elle prenne les fleurs dans ses bras, qu’elle disparaisse et qu’elle revienne, qu’elle soit partie, qu’on ait fini d’applaudir, qu’on parte, qu’on ait dégagé le chemin, que le bus arrive, que les voyageurs soient descendus, d’être sortis des escalators ou des escaliers, d’avoir fini sa cigarette, de ne plus avoir froid, que la police ait terminé, les ouvriers, d’être construit ou construite, d’avoir vendu leur marchandise, d’avoir soulevé le citron, pour commencer la construction, pour entamer la conversation, que la voiture avance. télescopique traité. Pluie et soleil puis rien . La syntaxe voit loin . Le jaune n’est pas jaune, le rouge n’est pas rouge, le violet est peut-être tout autre. Les télescopes scrutent et calculent le noir, ils donnent des chiffres. Toute la représentation de la réalité est un ensemble de chiffres. L’image colorée de la réalité noire est un ensemble de nombres présentés à l’oeil. http://hubblesite.org/gallery/ Pourquoi le paysage noir devient iridescent. Pourquoi les points lumineux des astres ont des effets « étoilés ». Sur le site du télescope, sur nos écrans, il est écrit : « Capture the extraordinary. Explore the universe through Hubble’s eye, and witness the most dangerous, spectacular and mysterious depths of the cosmos ». Les couleurs du spectacle La capture de l’animal Une grande supernova Une galaxie moyenne Des petites étoiles Et surtout l’antimatière Dis-donc, la bestiole… La Nasa propose un croquet dans le paysage-cosmos. Si les chiffres sont présentés à l’œil sous la forme d’une image, que puis-je voir ou s’agit-il de ne rien voir ? Je ferme l’œil gauche : je vois bien ; je ferme l’œil droit : je vois bien. Vision 100 %. Je ferme les deux yeux, j’y vois rien. Des petites étoiles tournoient. Tout fonctionne bien pour la machine. L’œil de Hubble : l’espace d’une image, une rétine décollée, des cônes et des bâtonnets pour jouer à quel jeu ? Ces paysages-adresses : A) 10 vignettes avec un centre orange et des points disséminés = Hubble’s Top Ten Gravitational Lenses http://hubblesite.org/gallery/album/exotic/pr1999018a/ (catégorie « exotique » du site) B) La réalité : plafond de boîte de nuit, années, disons, 1970 (ou 1980) : projecteur bleu, du rouge, un peu de vert et des tons pastel, peut-être même un clip de Boney M (la musique des sphères) = Merging Galaxy Cluster Abell 520 (Sophie Marceau, « Dreams are my reality », série B) http://hubblesite.org/gallery/album/exotic/dark_matter/pr2012010a/ (catégorie « exotique » du site) C) Masse rouge, centre orange et jaune presque blanc, les peintures de l’Etna ou du Vésuve du XVIIe siècle : Galaxy I Zwicky 18 http://hubblesite.org/gallery/album/the_universe/intergalactic_gas/pr2002002d/ (catégorie « the universe » du site, sous-catégorie « intergalactic gas ») Comparer Intergalactic gas (representation) avec Anon. : Éruption du Vésuve 2e moitié du XVIIIe siècle Musée des beaux-arts de Dole Numéro d’inventaire : 376 D) Vert bleu rouge représentation de virus HIV ou de bactéries ; représentation d’un champ de coquelicot, peut-être Manet, ou peinture figurant l’abstrait ? Hubble Deep Field : False-Color Image Showing Distant Galaxies and Stars in Red http://hubblesite.org/gallery/album/the_universe/pr1998006a/ de projection repliable pour salons de verdure ils étaient revenus après des vacances qui – « ah, ça fait du bien ! » – avaient contribué à vider l’esprit, la tête, ils avaient eu, – « on a eu un moment de bonheur » – la porte ouverte ils s’étaient même – « du bonheur ! » –, ils étaient contents d’avoir, disaient-ils, l’esprit disponible, et disaient être satisfaits, presque, de toutes ces nourritures au loin. ils ouvrent les rideaux, prennent chacun une chaise, ils contemplent à nouveau leur écran de verdure. on les entoure, on leur fait pousser des grands arbres verts, des plantes qui grimpent, d’autres qui rampent, des plantes qui s’insinuent dans les murs, qui travaillent ou se reposent, des plantes qui terrorisent par leur croissance permanente et leur surveillance amicale, ils les regardent tous ces petits follicules de chlorophylle, ils avaient les yeux ouverts, des plantes grasses, aux feuilles plates et vertes, de petites fleurs, oui, aussi, pourquoi pas, après tout, des petites fleurs de couleur vive, des, par exemple, des tulipes, ou alors des narcisses, oh non ! ça non ! il leur fallait des fleurs exotiques qui faisaient, pourquoi ne pas le dire, pourquoi ne pas s’autoriser à, penser à des poissons multicolores du récif de là-bas, dont ils revenaient à peine, il fallait ces hauts reliefs, il fallait toujours se les coincer dans l’œil avant de les passer en revue, comme cela, devant l’écran, et ceci, à présent, leur faisait murmurer : – « à dire vrai, on se fond bien dans l’écrin manifeste, on se protège ». de montagne il se trouvait à Turin pour un congrès. souvent dans les congrès, on atterrit, on se transporte, on ne sait trop où, même si le voyage a été préparé, les sites localisés et la topographie presque maîtrisée, sans doute pour éviter que la ville ne surgisse ; même si donc en somme – il avait traversé les Alpes fait le trajet en bus depuis Modane jusqu’à Turin car la compagnie française de chemins de fer n’avait pas les homologations et certifications et passeports patentés pour franchir la frontière, pour rouler sur le fer des compagnies de chemins d’Italie, il fallait donc que le train reste en gare immobilisé donc en somme il avait franchi les Alpes en bus et la nuit était tombée, il avait été transporté dans ces congrès, on attend toujours qu’une chose se produise : une collocution d’envergure, on attend que ça présente bien, on attend aussi, parfois, de présenter soi-même au moyen de la feuille la page et de l’écran qui montre la feuille la page pour que tout le monde entende bien ce qu’il faut voir enfin pour qu’on se dise là c’était une collocution hors des collocutions qui me parlait bien, il y avait le ou la collocutrice qu’on appelle plénière parce qu’on ne sait pas trop quoi lui donner comme autre nom la ou le collocuteur plénier avait sa feuille, il la lisait bien, elle actionnait les petites touches de son clavier pour projeter sa feuille qu’il lisait bien assise à sa table pleine d’enthousiasme et d’agissements et, à côté d’ellelui, bardée de tous ces outils de collocution, à côté d’ellelui sur sa table, ilelle avait aussi posé une sorte de petit monolithe, un nouveau monolithe de l’ère nouvelle du tout-plat, du tout-impressionnant plat, ile l’avait posé là sur la table à côté d’ile, enfin de lui, et cela intriguait beaucoup les présents, cela l’intriguait tant que la collocuteur appuyait magistralement sur la touche centrale de la tablette pour voir s’afficher tout aussi merveilleusement les petits chiffres qui sur cet écran lithiuminé arrivaient en pleine majesté à donner là, en quelque pression digitale néanmoins affirmée, l’heure qu’il était, ces petits chiffres si précieux que le collocuteur quittait ses mots des yeux pour quelques instants afin de voir l’heure s’afficher sur son aide mémoire plat et murmurer : – « ah ! je suis dans les temps », il y avait aussi les montagnes tout autour dans ces congrès. le lever du premier jour de la première semaine avait été curieux : au lieu des montagnes attendues dans ces parages il ne lui était donné de voir qu’un écran de fumée brouillard et, une fois l’écran de fumée brumeuse dissipé, une colline au loin. point de montagne, soit, bien, point de montagne. la géographie, la topographie, les cartes et toutes les sciences qui l’avaient pourtant guidé jusqu’ici se dévoilaient dans leur tromperie exacte. après des jours de collocution et de repas et de couchers et de recollocution et de discours après avoir aperçu au loin distinctement mais du haut d’une tour ridicule et présomptueuse les montagnes découpées, il avait décidé de noircir un peu ces cartons blancs, à moins que ce ne fût du canson, ou tout autre matériau propre au dessin dont il ignorait le nom qu’il ignore toujours : Récapituler en prose découpée ou Déplier l’écran Préambule Mes hôtes1, / nous invitent à nous déplier / ou, plutôt, à déplier des textes écrits après ceux publiés par Contrat Maint, à faire ce qu’ils ont appelé « un dépliage parlé ». Alors j’ai voulu écouter ce dépliage, sa différence avec une lecture de poésie. Comment on a vu le dépliage parlé C’est une drôle de chose un « dépliage parlé », c’est une drôle de situation, parler et se déplier en même temps, se déplier un texte. En même temps, qu’est-ce que se déplier / ici ? / on pourrait y voir une manière / de se dire, de se livrer, de s’étendre de tout son long, de s’étirer page à page, de prendre son aise, de faire reposer la question échapper à une façon la plus endormie de se dire qui consisterait dans ce lieu / sur le papier / à inscrire / à peu près ceci : « J’ai pris le train jusqu’ici, à Cahors, pour déplier des textes en situation, alors même qu’ils n’ont pas été écrits pour cette situation présente, alors j’ai écrit ce texte, là, que je donne maintenant, qui est le texte déplié pour vous, c’est une explication sans explication, il est fait d’échos de textes écrits avant et après, pliés et dépliés dans le montage que je dis là » Ca aurait été une déclaration. Cela aurait pu offrir une sorte d’introduction à ce dépliage parlé. Mais non mais non je me suis dit en secret que se déplier-parler devait consister à se mettre le texte en exposition, à se disposer dans les plis ouverts, se rendre, se laisser capturer par ce présent / ce distant. [ ouvrir l’écran ] Être vu au secret, c’est être dans la position de ce dessin, sur l’écran, étonné de ce paysage, cette figure, perdue, là, un peintre, se représente, et se dépayse, un paysage, dans un agrégat, qui prend position pour dire ce qu’il est, mais le fait en tournant le dos : presque invisible dans les replis, une roche, écho à la fin du mythe ou son dépassement de narcisse C’est claude gelée, claude gelée dit le lorrain, ou tout simplement claude, un flottement de la figure par les plis multiples de ses noms, ici dans la roche, en écho, ce n’est pas claude est-ce même un peintre un dessinateur un écrivain à sa page. [ « echo . son virtuel » « les voici en contemplation devant ce paysage qui est eux-mêmes » DDS, 270 ] Se déplier ou être dans la situation du peintre se voyant se peindre en oubliant déjà qu’il a trois noms différents, qu’il manque à son propre paysage de peinture. Déplier ou s’exposer et se fondre dans le paysage, si vous écoutezvoir échonarcisse La roche Une série de parois diminuées Écoutonsvoir / ce qui se dit. Ici de ce côté de la table de l’autre côté de la table qui est ici le claude ? La table, serpentine, le texte et les pages, la situation repeinte, recouverte d’une nouvelle couleur par le visiteur cet éditeur. Un miroir d’eau, un écran, où claude ne se voit jamais vraiment / vous / et moi / non plus. [ prendre l’objet livre ] [ déplier ] – il y a des chiffres, ils peuvent se lire indépendamment, silencieusement, on peut aussi ne pas les lire. comme une écriture des jours l’écho lointain de la date du texte dans l’année 24/12 / et la particularité de ce chiffre / pourtant bien celui de l’écriture du texte / sa situation, mais un chiffre déjà drôlement situé si je dis 24 est-ce que je vois ou est-ce que j’entends 12 ? et ses déclinaisons 13/29 3/13/29 28/4 22/2 , presque une grammaire autonome qui descend jusqu’à 1/ un seul un tout seul parmi ces chiffres / celui à qui ces pages sont dédiées / alors dans sa première année / enfant (s. salvador, s. salva). rien autonome enfin pas si un que ça. Comme / « je » / il peut accueillir toutes les identifications, chaque / « un » / peut se dire / « je » / un jour dira un autre jour . soudain l’anonymat [ donner à voir ] les chiffres se font autres ils se fondent dans le paysage glissent jouent eux aussi à la fiction. [ replier ] voyons voir, à nouveau : Il y a un titre, Given (roman pour s.), il y a une dernière page de texte, que je lis au départ, maintenant, une définition, en anglais, pour commencer cette lecture, car elle est l’hypothèse à retardement de tout le texte, [ lire la définition-fin ] elle est un fil possible tendu vers la dédicace : « pour s. ». lorsque j’ouvre un livre, c’est souvent par la fin. Si le texte est déplié, est-ce qu’on voit son cordel, sa corde raide, tac, ainsi, ou veut-on accéder à sa machine à coudre, à son agrafe ? [l’agrafe qui tombe entre Broyeuse et Glissière et qui fait glisser la glissière, est faite d’une matière à densité oscillante. Cette agrafe a donc un poids indéterminé, variable, et incontrôlable, DDS, 87 ] Là [ ouvrir ] un [ déplier ] deux [ replier ] trois [ tourner ] quatre un deux trois quatre font huit [ refermer ] cinq. [« Vous qui m’écoutez patiemment depuis un bon moment », Ma haie, 24] / Vous / qui m’avez déjà écrit en personnage de cette exposition, / vous / qui tentez de voir où elle va, vous vous dites que je ne vais jamais lire, quand je vais enfin m’y livrer, me rendre à ce protagoniste du texte qui dit « l’auteur » : j’y suis, je m’y suis déjà rendu. Hâtons-nous hâtons-nous [ donner la lecture ] [ lecture du cordel : titre : texte : « photo de couverture : Goria, rhubarbe, 2009. ] [ hâtons-nous ] On est entre deux. Le verbe paradoxal fait mirage Un lieu public : des positions neutres (assis / debout / plié / déplié) [ « conditions d’un langage » DDS 48 ] (Si je dis « la France forte pour vous / la France forte c’est vous » est-ce que je pense à Marianne en surpoids, est-ce je pense à l’effacement de « pour » son remplacement, ou est-ce que je vois la répétition des lettres 'o' 'u' ?) Pronoms : Dans une lecture de poésie on suppose qu’il y aura un auditeur ou pourquoi pas une lecture vide dans une exposition un visiteur Vous Tu Ici un effacement ou une sorte de tu-paysage qui est au présent, narcisse, « je » « vous », et en même temps absent, écho « elle » « il » « vous » : il se glisse, c’est l’image d’un peintre ou la peinture ou son sujet, [ lire ovide ] les os changés, dit-on, en roc, la voix intacte, cachée dans les forêts, invisible en montagne, tous l’entendent : le son en elle survit seul (Livre III, 399-401) Ces temps-ci, comme on l’avait aussi entendu avant, dans le parlé un usage de la grammaire de « vous » capture pour captiver « nous » un « vous » rôde, en prédateur [ lire ovide, diminué ]   séparé de ses amis, il leur crie : quelqu’un est-il là ? Par là ! répond-elle stupéfait, promenant ses regards alentour, il crie à pleine voix : « Viens ! viens ! lui répond-elle voyant que nul ne vient, il crie : que me fuis-tu ? Les mots qu’il a criés lui reviennent pareils. Il insiste, abusé par ce pseudo-dialogue : ici, rejoignons-nous ! Rien n’est plus agréable à écho qui répète à plaisir : joignons-nous ! (Livre III, 381-387) « Vous » dans le public si je dis « vous » dans le public est-ce la bonne aventure ou une expression fabulée ? Phrase : en grammaire on parle d’une « phrase simple » lorsqu’on pose un sujet un verbe et un objet, mais la relation est-elle aussi simple que la phrase ne le dit ? Déplions à nouveau les conditions d’un langage Si je dis « elle était foncièrement poète2 », est-ce que je pense à mes impôts ou à une hypothèque ? Si je dis « avec un souci immédiat des petites gens3 », est-ce que je pense plutôt à une personne d’un mètre cinquante ou à une personne d’un mètre soixante ? Si je dis « traduis-moi4 », est-ce que je pense au jugement ou à une soudaine envie de langue étrangère ? Si je dis « il faut refonder le logiciel de la gauche5 », est-ce que je pense que la gauche est une machine ou que ma machine est de gauche ? Si je dis « cela me passionne6 » est-ce que cela me transforme en passion ou est-ce que je suis l’action de ce dire passionné ? Si je dis « c’est juste pas bon7 » est-ce que je parle de justice, de justesse ou de tic de langage ? Si je te dis « raconte-moi8 » est-ce que je te demande de me raconter toi, c’est-à-dire de m’adresser un récit de toi, ou est-ce que je souhaite que tu me racontes moi, c’est-à-dire que tu m’adresses un récit de toi sur moi ? Si je dis « la France n’a pas fermé la porte au gaz de schiste9 », est-ce que je pense à un drame bourgeois ou à un contrepet ? Si on me dit « c’est ma place10 » et que j’y suis, est-ce ma place ? Si je dis « étranger11 », est-ce que cela signifie un verbe ou un nom ? Si je persiste à dire « il faut refonder le logiciel de la gauche12 », est-ce que ma droite n’a pas de logique ou est-ce que je suis une machine ? Si je préviens le futur est-ce que quelque chose arrive et si je prévois le futur est-ce que rien n’arrive13 ? Fin : replions-nous / déplier c’est aussi déborder le repli / allons déplions-nous / hâtons-nous [ refermer l’écran-image ] Film : [ « le miroir les regarde. Ils se recueillent », DDS 271 ] Dans l’écran de la page / rétroéclairée / le tableau a disparu / il est là d’ailleurs, ce n’est pas un tableau, c’est un dessin / on a plié l’image numérique / on l’a pillée / qui s’est modifiée d’elle-même dans son paysage de copie / écho des paroles dites imaginées telles / tronquées-troquées-truquées / rougies / prises pour ce qu’elles sont tout autre chose / un objet / pour de la poésie / pour de la prose / pour une écriture de quelques syllabes en moins / en retard – à la hâte FIN DE L’EXPOSITION Reprise : Piste B’’ cent ans c’est à peu près l’argument de stein dans son texte narration [silence] [interruption] elle le dit cent ans dit-elle, elle c’est un écrivain, stein on aurait pu dire cela ce n’est pas très important la virgule cela le serait certainement pour certaines et certains cela va en rassurer moi y compris non [interruption] tout de suite cela rassure ou affole enfin tout de suite ça fait une chose que le lecteur peut se dire tranquillement qu’elle sait qu’ile sait alors qu’elle dit cent ans c’est une un peut-être aussi dans une autre langue enfin plusieurs générations qui s’écrivent et se donnent l’une à l’autre cent ans ou encore des générations qui s’écoutent et pourtant ile n’y a que ce présent des générations sous vos [interruption] comment le dire cela qu’elle dit mieux finalement parce qu’il n’y aurait aucun plaisir à répéter cette course à la parole [interruption] [silence] [silence] vous vous demandiez justement si j’étais enfin où j’en étais mais moi-même quarante ans enfin le texte cette fiction qui se déroule ici avec vous sans vous est aussi cette question enfin j’ai l’impression je crois cette intuition de quarante ans [interruption silence silence] pas une intuition non parce qu’on la rejette aussi loin qu’elle peut attendre pour qu’on l’ait cette intuition au loin on la repousse on la prend puis on la repousse car si j’écris à l’intuition que va-t-il se passer. je passe mon temps à regarder l’intuition à la planter là à me la faire prendre comme un discours qui pourrait monologuer crûment qui pourrait somme toute s’interrompre et tourner trouer comme un monde en rond et vous faire vous demander à juste titre si je ne sais pas bien où finalement je vais s’il y a de la fin là dedans si la fin est déjà inscrite à cent ans enfin à quarante ou si intuitivement vous sentez que non il y a le mètre-étalon enfin les trois stoppage étalon de marcel et vous avez raison il faudrait donc s’emballer un peu et projeter de dire que le discours qui s’emballe enfin moi cette fiction là devant vos yeux un peu perdus ce serait aussi cela une folie qui serait celle du fou autorisé celui qui ne s’entend pas finir et dire à l’autre qu’il est un peu fou qu’il est un peu fou non qu’il va rompre on imagine qu’il sait ce qu’il fait finalement parce que sinon pourquoi est-ce que je reste là en silence à me demander ce qu’il me monologue virtuellement moi qui on arrive quoi on y arrive à ces 100 ans qui flottent au milieu de notre vie qui se déroulent flottants born here of parents born here from parents the same and their parents the same oui ça s’entend comme ça vous avez vu juste écoute bien alors tout le monde est satisfait sans l’être parce que [interruption] parce qu’il faut bien vous le dire entre autres choses vous vous êtes fait violence à vous demander où ça va quelle est [silence] quelle est la limite la liminimum qu’il me faut pour rester la liminformation pour que je daigne rester écouter année après année [interruption] et si j’écoute alors est-ce je ne serais pas aussi un peu fou finalement j’aurais commis un crime irréparable par le poids des ans les outrages 100 ou autres quarante nel mezzo par exemple par le poids de ce souffle qui est un mot imprononçable actuellement parce qu’il est raisonneur et parce qu’aussi il [interruption] ou elle d’ailleurs pourquoi pas [silence] enfin ile ne se prend pas pour rien et c’est pour cela qu’ile est imprononçable finalement parce qu’ici actuellement ile ne se fait pas prendre pour rien même si vous vous dites que vous êtes à la limite du supportable et que la violence pourquoi on se l’inflige ou peut-être il y il n’y en a pas parce que ce qui serait plus violent [interruption] voyons voir ce serait d’écouter tout autre chose par exemple ceci accord Google-Hachette : stupeurs et tremblements. Les éditeurs craignent que l’initiative d’Hachette ne vienne briser l’unité face au géant américain de la numérisation. Vingt-quatre heures après avoir signé un protocole d’accord que Google, établissant un cadre légal pour permettre la numérisation d’œuvres épuisées [on arrête interruption] ou ceci peut-être encore cela « la Suède réclame l’arrestation de Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, pour l’interroger. Le journaliste australien est soupçonné de viol et de harcèlement sexuel. Interpol sera bientôt saisi. Stockholm correspondance. La justice suédoise a demandé, jeudi 18 novembre, l’arrestation de Julien Assange, le journaliste australien fondateur du site WikiLeaks, afin de pouvoir l’interroger. Selon le bureau du procureur, Julien Assange, qui doit répondre de cinq chefs d’inculpation dont celui de viol, ne s’est pas présenté aux accusations de deux jeunes femmes. “Il doit être interrogé dans le cadre de l’enquête. Nous le rechercherons à l’international, via Interpol”, a indiqué Marianne Ny, la procureure chargée de l’affaire. Le 20 août, le journaliste australien avait été une première fois inculpé par contumace de “viol et d’attentat à la pudeur”. Dès le lendemain, et après que la nouvelle eut fait le tour du monde, une deuxième procureure était revenue sur la décision de sa collègue : il n’était plus soupçonné de viol, mais la justice voulait toujours l’entendre sur la question de harcèlement sexuel » [interruption] on va me dire mais de quoi je me mêle de quoi que moi enfin vous certainement aussi vous quoi vous allez me dire hum voyons voir que c’est bien de nos jours l’ironie ah ça oui et qu’elle relève le ventre elle tient le diaphragme en position haute et à force de mettre à distance elle vous éloigne de tout et ça et fait se réduire l’espace sur lui-même sans perspective d’horizon platement paradoxe alors c’est vous qui le dites pas moi n’est-ce pas mais bon mais sans ironie parfois on peut dire que ce texte est hum peut-être plus intéressant et puis si cela vous a intéressé pourquoi cela disons pour la répétition du mot inculpé pour la phrase qui se redit et qui dans le monde n’est pas bien intéressante mais qui finalement l’est à force de se retourner comme l’histoire d’il y a quelques années toujours en cours qu’elle forme enfin je me dis aussi que ce n’est pas à vous moi d’analyser ici ce n’est pas mon métier ou peut-être parfois de temps à autre c’est un peu quand même vous qui le faites ce métier en vous demandant pourquoi tout ceci hum comment le dire ce qu’il adviendra de cette information dans 100 ans même quarante [interruption] pour vous demander pourquoi hum parce qu’il n’y a pas de contenu et que ça pourtant ça déferle ça défile et ça crépite et ça tournoie 1.2.3.4. et quarante et quarante et cent 1.2.3.4. cent ainsi il n’y a aucune information et peut-être c’est cette violence de l’information que vous [interruption] enfin vous l’avez compris quand je dis que je suis votre fiction ce n’est pas un vain mot ce ne sont pas deux vains mots c’est aussi pour cela qu’on se monologue tous lorsqu’on se dialogue 1.2.3.4 personnes ou cent [interruption] et on se dit que c’est peut-être la fin que le juge alors a frappé trois fois dans son interlocution et a décidé qu’il y aurait un personnage qui s’appellerait fin et qui se dirait pour terminer pour interrompre finalement le cours de ce qui se dit qui est peut-être un jugement comme moi en face de vous comme moi en farce de cette fiction comme moi qui me suis transformé devant vous [attendez] en ce que vous avez bien voulu me faire faire dire pour votre patience je vous remercie et vous prie de bien vouloir faire dire ce que je dis avec plus d’aisance et d’alacrité this court of common pleas is now in session this court of common pleas is now in session [attendez] alors peut-être vous souhaiterez revenir au seuil de cette génération 1-2-3-4-5- / 1-2-3-4 / 1-2-3 / 1-2-3-/ 1-2-3-1 et puis plus loin on a compté sur ses doigts on a compté on a frappé ainsi quatre mains on frappe à l’unisson en décalage et ainsi de suite ooo oo o oo et on s’est un peu perdu mais disons que c’était 100 ans un peu plus un peu moins le mètre-étalon ne maîtrise rien si ce n’est son petit bout de baguette qui rétrécit ou s’allonge selon le désir du personnage qui s’enfante un peu un une autre et se regarde s’enfanter bien qu’on ne sache jamais lorsque cela va naître un peu plus loin [interruption] je l’avais dit c’était terminé alors d’accord j’avais fait mon épilogue qui est aussi un prologue parfois enfin la fin d’un prologue qui pourrait se dire « je vous demande votre patience et vous demande de parfaire ce que je ne sais pas bien » et alors en s’amusant ainsi à jouer [silence] mais amis je m’avise que certains peut-être n’aiment pas jouer moi y compris finalement est-ce que je suis joueur autant que je le dis [hum voyons] tellement répété i am not what i am si le fou est plus sage que les sages ne le sont alors le fou n’est pas aussi joueur que les sages qui s’emportent dans leur sagesse et leur savoir et leur sachance leur belle sachance alors le fou ne joue pas vraiment alors qu’il joue bien entendu et si c’est le personnage feste qui le dit est-ce que c’est plus vrai ou plus fou [interruption] nous voilà ici nous y voilà donc je prends mes jumelles et ma binoculaire [silence] nous voilà ici devant une savante observation qui porte plus loin le cours de la rhétorique et où on se dit que vraiment ces fous sont de toute matière inépuisables et [interruption] c’est ainsi qu’il n’est pas possible de les faire taire de vous faire taire autant que je le fais moi [silence] alors en anglais on dit jester un nom pas un verbe jest ce n’est pas faire des gestes et des gesticulations c’est faire la comédie faire des actions et des exploits s’il n’est pas fou pourquoi est-ce qu’il le déclare pourquoi est-ce que ce personnage dans la fiction de ce monologue se tourne vers lui-même et avoue à tous ses juges qu’il tient en face de lui et qui le tiennent aussi parce qu’ils n’ont pas encore tout à fait disparu et sont en ce rapport de la salle d’audience you can always count on a murderer for a fancy prose style [silence silence] pourquoi est-ce que je déclare que je donc suis fou au-delà des apparences et vous avoue cela alors qu’il n’y a pas à avouer je n’ai pas à me présenter à vous puisque vous virtuellement vous vous en fichez éperdument et moi aussi [interruption] finalement qu’est-ce qui nous fait tenir [silence] l’espoir d’une histoire maybe ou d’un dialogue [interruption] [chaise] vous vous dites donc suffit cela suffit je ne supporte plus cette histoire de la constitution cette constituante qui m’inclut alors que je suis moi en train de respirer doucement sur ma chaise et qui me vole et s’empare de ma respiration me la fait prendre en conscience et donc me [interruption soufflez] l’extrait de moi hors de moi presque foutue hors [silence] suffisamment de minutes que j’attends qu’on ne me juge pas à même d’écrire cette histoire [interruption] suffisamment de minutes que ça syncope dans le prétoire pour s’en dire des platitudes qui ressemblent à de la conversation c’est-à-dire qui ressemblent à un roman alors que fondamentalement c’est du théâtre enfin du monologue qu’il nous dit que je me dis [hum voyons voir] alors je crois qu’il ou elle finalement je ne sais plus il ou elle m’a fait m’inclure dans ce processus de respiration qui est un souffle qui est une phrase longue parfois sans ampleur mais qui me fait me prendre moi-même dans l’entente de ses mots j’ai ouvert je l’ai ouvert je me suis assis je me suis pris au jeu de faire dire à ce texte ce qu’il est en train d’y mettre [interruption] un neveu un nouveau un joueur quelques mots des entraînements toujours de la gaîté et de l’imagination [interruption] des fatalistes des entraînements des plumards aussi parce qu’il faudra bien s’endormir dans cette longue respiration qui est aussi plate que paillasse [hum voyons] on ne voit pas très bien [interruption . reprise] alors mon vêtement là je l’ai mis sur cette chaise avant de venir me donner ce plaisir au jugement avant de prêter vie à cet institut où je plie mon vêtement le mets sur la chaise et le fais attendre lui aussi pendant que les mots les miens les siens se dévident [interruption] suffisamment de minutes que je me dis il faut partir quoi je suis en train de devenir moi-même ce serait trop trop suffisamment encore trop que cela m’arrive à ce moment précis où j’ai logé mon vêtement joli plié bien mis sur le dossier de la chaise ce serait dur alors d’être pris et de ne pas pouvoir s’empersonnager d’un peu de toi ou de vous enfin de moi finalement qui suis aussi sur cette chaise ou debout pour vous parler et me retourner et dire plus par fuite que par suite [interruption] mais quoi ? écran vide Lorsque vous me voyez m’exposer ainsi [interruption] lorsque je forme mon exposition sur mon écran sur ma chaise est-ce que vous vous exposez aussi [interruption] politiquement vous vous dites je ne me positionne pas je reste là pendant qu’on écoute qu’on lit qu’on s’entend bien [silence] je reste ainsi posé à même la pièce qui m’entoure [interruption] je reste et ainsi je demeure aussi dans le lieu de lecture [silence] si les pouvoirs de l’écoute sont aussi forts que ceux de l’entente alors je devrais rester moi [interruption] mais si je m’expose à vous [silence] si je sors de mes doigts de ma machine de mes yeux de mes écrans et tous ceux-là d’une chose que peut-être vous aurez et moi aussi d’ailleurs que j’ai assez envie d’appeler voix [interruption] il est possible de lire le singulier dans son pluriel [silence] alors je sors de ma position dans le public et je me demande comment j’en suis venu à me voir m’exposer ainsi [interruption] comment s’impose ainsi la nécessité de faire jouer quelques lettres encore qui ne seraient pas déjà écrites, qui n’auraient pas déjà été répertoriées et qui ne constitueraient pas déjà une écriture [silence] pourquoi n’avoir pas attendu qu’une position se forme et permette de dupliquer alors en silence presque dans un ennui paradoxal quoique revendiqué les tables qui forment ces documents par lesquels l’information devient paradoxalement obsolète ou je m’instruis mieux par fuite que par suite [interruption] Libération, 6/12/2010, 10 h 24 : « Un haut responsable chinois impliqué dans les attaques contre Google ». Par Philippe Grangereau de notre correspondant à Pékin. « Des cyber-attaques dont Google a été la cible cette année ont été personnellement ordonnées par l’un des neuf membres du comité permanent du politburo du PC chinois, à en croire plusieurs câbles diplomatiques américains publiés ce week-end sur le site Wikileaks. Ces attaques, qui ont conduit cet été Google a quitter la Chine continentale, se sont entre autre manifestées par des intrusions “venant de Chine” dans le courrier électronique de dissidents chinois et des militants des droits de l’homme, avait alors affirmé l’entreprise américaine, sans toutefois accuser directement le gouvernement chinois. » [écran source A ou B] Le monde, 28 décembre 2010 [silence]. Jamais manifeste n’a commencé aussi gaillardement : “Fuck Hamas. Fuck Israel. Fuck Fatah. Fuck UN. Fuck Unrwa (l’agence onusienne chargée des réfugiés palestiniens). Fuck USA”… Il est le cri de jeunes de Gaza qui en ont « marre d’être présentés comme des terroristes en puissance, des fanatiques aux poches bourrées d’explosifs et aux yeux chargées de haine ; marre de l’indifférence du reste du monde […] marre de cette vie de merde où nous sommes emprisonnés par Israël, brutalisés par le Hamas et complètement ignorés par la communauté internationale ». Ce texte puissant et dérangeant, que Libération a eu l’excellente idée de publier dans son édition du 28 décembre, est disponible sur la page Facebook du groupe Gaza youth breaks out (GYBO), comme nous l’a signalé l’historien Jean-Pierre Filiu, qui s’est attelé à une monographie de cette bande de terre tourmentée. « Nous avons trois exigences : nous voulons être libres, nous voulons être en mesure de vivre normalement et nous voulons la paix. Est-ce trop demander ? », demande ce manifeste. Véritable État informel depuis la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, en juin 2007, ce territoire coincé entre la « clôture » israélienne et la mer a disparu de l’agenda diplomatique international. Les parrains occidentaux de l’Autorité palestinienne installée à Ramallah (États-Unis et Union européenne) l’ont passé provisoirement par pertes et profits, laissant les islamistes imposer leur férule (voir le site de cette ONG palestinienne fermée de force il y a quelques semaines). Israël et le Hamas ont installé depuis la fin de la guerre de décembre 2008-janvier 2009 une règle du jeu tacite qui préserve leurs intérêts. Combien pèse GYBO à ce jour ? Nul ne le sait, mais son cri de rage mérite d’être écouté. [interruption] Si vous me lisez m’exposant est-ce que vous vous exposez ainsi [interruption] « Assange, un prophète du Net dans sa croisade contre les institutions ». « Le père de Wikileaks veut faire du journalisme une discipline scientifique » [interruption] le fais-je vraiment [silence] si la lettre se glisse entre le petit écran et l’absence de développement qu’il faut à l’image numérique pour donner son information qui n’est plus une photographie mais bien une image [interruption] alors est-ce que vous me voyez en position de dire [interruption] « Julian Assange, fondateur australien de l’autoproclamé « service de renseignement du peuple », est un personnage pour roman et pas seulement d’espionnage. Inclassable, mystérieux et ultrasecret, cet activiste et hacker de la première heure constitue probablement la plus fascinante figure à laquelle la contre-culture libertaire d’Internet ait donné naissance. Tombé tout petit dans la cryptographie, ce quarantenaire filiforme et à la chevelure warholienne bizarrement blanchie s’est fixé depuis quelques années une mission quasi sacrée : révéler, grâce au réseau mondial, les secrets que les méchantes « institutions » ont pendant des siècles cachés au monde. Son arme pour déjouer ce qu’il appelle la « conspiration gouvernementale » ? Un journalisme de dénonciation anonyme, brut et strictement factuel dont il entend faire une discipline « scientifique » et objectivement vérifiable, à l’égal des expériences de physique. [silence] et si dès lors que je m’expose à l’écran qu’on me voit me voir est-ce que je deviens sujet du portrait est-ce que c’est pour cela que je deviens politique ou est-ce que tout devient récit Piste intermittente : Offrir les formes au rapport transitoire « L’essence de la traduction est d’être ouverture, dialogue, métissage, décentrement. Elle est mise en rapport, ou elle n’est rien » (Antoine Berman, L’Épreuve de l’étranger, 16). 1/ Il a fallu l’étranger Il a fallu l’étranger : se décentrer, retraduire une forme offerte à d’autres (lecteurs, écrivains, traducteurs, artistes), réinventer des rapports. Contrat maint est une maison d’édition créée en 1998 par Françoise Goria et Pascal Poyet au Brésil. Elle s’inspire d’une forme de littérature mineure de ce pays : la littérature de corde. « La “Littérature de corde” est le nom donné à des ouvrages brefs, mélange de mythes et de récits modernes, qu’il était d’usage d’accrocher sur des cordes pour les vendre » (F. G. / P. P.). Les cordels de contrat maint sont constitués d’une feuille A4 pliée dans la longueur et la largeur. Au centre de sa partie inférieure, la feuille est agrafée à la couverture en couleur. Deux plis donnent huit pages. Contrat maint se reçoit par la poste, dans une enveloppe, comme une lettre, une carte-postale. Ouvrir / déplier / replier / fermer : une lecture dense. 2/ Infra-édition Mine de rien, des formes s’insinuent dans nos pratiques de lecture, ces ouvrages limites, minimaux ne sont pas des romans, ils n’ont pas la prétention massive des cathédrales, des symphonies ou des formes d’un art fini et synthétique. Marcel Duchamp dit de l’inframince qu’il est un « rien dense », il suppose d’autres pratiques esthétiques et sociales qui échappent au volume-quantité et à la taille-monument. En cela, l’inframince n’est pas une forme dominante. On pourrait dire que contrat maint est de la micro-édition, c’est le terme, mais contrat maint est plutôt un inframince de l’édition. C’est-à-dire ? Des reading capsules, peut-être, paradoxalement, pour ne pas plier. 3/ Ne pas plier : pratique, pensée, politique C’est-à-dire ? Une forme de ténuité exactement opposée à l’inaction. Si « la caractéristique de l’expérience urbaine ordinaire est d’être faite de liens faibles » (F. G.), contrat maint propose de continuer à inventer les rapports brefs, fugitifs, momentanés, transitoires, pour créer la « promesse d’un espace autre » (P. P.). Utopie d’un « minimalisme politique14 » (R. B.) ? Oui, peut-être, contra, mais pas comme un repli de la pensée sans lieu : maintenant. Dans ce sens, contrat maint tient bon, c’est-à-dire que Françoise Goria et Pascal Poyet prennent position en poursuivant une économie. Ne pas plier, examiner les rapports qui se nouent autour de cette pratique, créer des formes où se formule une sociologie (contrat) : par des expositions, lors de conférences-performances, en inventant le dispositif des « dépliages parlés » (F. G. / P. P.), contrat maint fait apparaître des triangulations. Pascal Poyet parle de trois termes « écrivain – artiste – lecteur / spectateur ». On pourrait en donner d’autres : 1) production : éditeurs – auteur – imprimeur 2) diffusion : éditeurs – la poste / le libraire – le destinataire 3) création : traducteurs – artistes – écrivains. Contrat maint organise des rapports transitoires, il les inscrit dans le processus continu d’un étoilement (maint). 4/ La proposition infinie Le livre d’artiste : objet-livre créé par un ou plusieurs artistes. Objet à manipuler, à toucher, à voir, à lire, moins souvent. Objet souvent rare, cher et peu distribué. Livre principalement destiné aux collectionneurs… Contrat maint est une forme proposée en artiste, elle a une physique, une haptique, pourtant ce n’est pas un livre d’artiste, plutôt une forme mise à disposition. Cette proposition est à « actualiser », comme le dit Claude Rutault de ses « dé-finitions/méthodes ». Comme dans la peinture de cet artiste, le travail de contrat maint reste toujours à mettre en œuvre pour que sa définition et sa méthode soient traduites et « prises en charge ». En ce sens, contrat maint est « commencement de l’objet, sans fin15 » (C. R.). Objet-livre-pas-objet, le cordel rejoue sa forme chaque fois qu’un écrivain (Marie Borel, Frédéric Forte, Emmanuel Fournier, Anne Parian, par exemple), un artiste, un traducteur en dispose. Claude Rutault invite ses « preneurs en charge » à peindre et à imaginer la peinture, contrat maint – même passion moderniste pour la minuscule – invite librement à penser la forme, à imaginer l’écriture et la mise en page. Ils se cherchent des formes de dépliage. 5/ Des formes de dépliage (1) : l’exposition Une corde, tendue dans un espace ou le long d’un mur, par exemple à la médiathèque de Cahors (mars-mai 2012)16, présente la beauté des fils de Fred Sandback sans être uniquement esthétique : les livres y sont suspendus par la tranche afin que les lecteurs-spectateurs s’en saisissent, les lisent, les reposent. Les vers sont au mur, les livres attendent, le lecteur parcourt la collection, mais celle-ci n’est pas intouchable, elle n’appelle pas juste à la contemplation de sa beauté interdite, elle s’offre à celui ou celle qui ose s’exposer à ce qu’elle propose. Cela ne tient qu’à un fil. Dans Poussières dans le vent, le film de Hou Hsiao-Hsien, on tend une toile au-dessus de la voie ferrée, en marchant le garçon dit à la fille : « On va passer un film. » 6/ Des formes de dépliage (2) : conférence, performance, cinématographe Comment présenter cette forme lorsqu’on est invité à en parler ? Les deux éditeurs de contrat maint ont inventé une forme de conférence-performance-film qui explique contrat maint tout en se méfiant de l’explication : « J’essaie de fléchir son pouvoir implacable de constatation. » (R. B.)17 Décrire. Une table dans la salle d’un colloque sur « La pratique de la collaboration et le livre d’artiste : une perspective transatlantique » (Université de Caen, 31 mars - 2 avril 2011), un ordinateur portable Apple + un écran / un projecteur / un écran blanc qui pourrait être de cinéma / Françoise Goria manipule les images à l’aide d’une souris dont on entend distinctement les clics secs à chaque pression / à sa gauche, Pascal Poyet dit un texte adressé, comme le texte d’une conférence parlée sur le moment / pourtant différenciée de l’improvisation par de brèves suspensions de la parole : une conférence qui rejoint donc le mot « lecture » (en anglais « lecture » signifie conférence). Les images que Goria montre sont mises en relation, elles rétrécissent, augmentent, passent l’une derrière l’autre, elles se combinent dans leur mouvement d’apparition/disparition, elles montrent des situations urbaines, des objets, des couleurs vives, des natures immobiles (en anglais « nature morte » se dit « still lives »). De temps à autre, un mot s’inscrit. Le texte et le film qui se monte sont en rapport évident (rapport par les mots, parfois inscrits sur une barre de texte qui vient jouer avec les images, rapport par les images qui parfois illustrent parfaitement quoique fugitivement la parole, photographies de contrat maint), pourtant le texte n’est pas un commentaire des images, et le film n’illustre pas le texte : ils entretiennent des rapports transitoires de dépendance-indépendance. La parole fait image, les images en mouvement font leur bruit. 7/ Des formes de dépliage (3) : le dépliage parlé Le « dépliage parlé » suppose des questions : que devient le livre ? Que devient la conférence ? Que devient la lecture des livres ? Comment se déplie le livre ? Comment parle-t-on de son travail en situation ? En effet, le « dépliage parlé » est une forme lancée par contrat maint à l’occasion d’une invitation à présenter la maison d’édition à la médiathèque de Cahors. P. P. et F. G. ont demandé à des auteurs qu’ils avaient publié de venir lire leur cordel et de « donner des nouvelles » (P. P.) autour d’une table de la médiathèque en imaginant des prises de parole entre la lecture, le débat, le dialogue, la présentation in situ, la manipulation d’objets, pour dire et montrer ce qui s’est écrit dans le cordel et depuis celui-ci. Il s’agit alors d’entendre le verbe déplier dans ses nombreux sens : montrer, exposer, manifester librement ses facultés, étaler. Françoise Goria a mis des images sur la table, qu’elle a fait circuler. Après avoir lu Untel, l’un de ses trois cordels publiés par contrat maint, Anne Parian a lu une conférence-performance écrite lors d’un travail avec l’atelier polylingue des laboratoires d’Aubervilliers. Ce texte sur l’apprentissage d’une langue étrangère et l’écriture dans une langue sans la connaître a entraîné une discussion sur la parole en langue étrangère et sur la traduction comme création. En se dépliant ainsi, Anne Parian faisait saisir fugitivement le décentrement par l’étranger et la traduction qui fonde contrat maint. 8/ Adresses en archipel Brésil Marseille Toulouse http://www.contratmaint.com/contrat_maint/accueil.html Des librairies PISTE A UNE ENQUÊTE (des techniques du corps) Prononc. et Orth. : [ɑ ̃kεt]. Enq. : /ãket, (D)/. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Ca 1170 enqueste « recherche » (Rois, éd. E. R. Curtius, I, XX, 19) ; 1283 dr. (Ph. de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, éd. A. Salmon, § 47). Du lat. vulg. *inquaesita fém. substantivé du part. passé de *inquaerere (enquérir*) ; cf. lat. médiév. inquesta terme jur. (1275 ds Latham). Fréq. abs. littér. : 1 288. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 488, b) 849 ; xxes. : a) 3 321, b) 2 612. Préface entre par la lettre le film la conversation le récit la controverse circule une adresse jour date numéro, « rue », nom de « rue », numéro de code, nom de la ville du code voix de la couleur entre des saisons subreptices noms des destinataires des positions bien marquées entre le réel et son personnage une enveloppe de rythme, ou une fiction documentaire, et ces lettres d’été s’échangent par dissimulation Lettres d’été Lettre du 1. prise de contact tu es l’observateur . alors touche les pupilles dicte la traduction de ce geste : « De façon très superficielle, l’épiderme indique seulement où l’organisme finit et où son environnement commence. Il y a des choses dans le corps qui lui sont étrangères. » alors je commence je contourne toujours . retours . du corps = désiré ou l’écran  = sidéré salir il le fait au point d’être attiré dans la formulation de phrases il écrit qu’il y a une fiction d’un mot devenu imprononçable à la place il peut y avoir un corps il devient ou semble devenir le corps pris dans le sentiment qu’il a de lui-même ou d’elle il le cherche à présent il écrit le sentiment d’un autre encore à cela près que c’est le présent et qu’il bute contre / un corps étranger résiste, contact, droit dans les yeux / salir / dans une immense confusion auditive / le sentiment réside dans un geste vif le post-scriptum dit : « Nous avons assisté, ici, à un changement complet : nous avons vu remplacer par les différentes sortes de crawl la nage à brasse et à tête hors de l’eau. On a perdu l’usage d’avaler de l’eau et de la cracher. Car les nageurs se considéraient, de mon temps, comme des espèces de bateaux à vapeur. C’était stupide, mais enfin, je fais encore ce geste : je ne peux me débarrasser de ma technique. Voilà donc une technique du corps spécifique, un art gymnique perfectionné de notre temps. » rien de spécial à ajouter, mais au moment de cacheter l’enveloppe, l’envie d’un doigt passé dans le papier, rouvrir par brefs à-coups, le plaisir de ne rien endommager : ajouter quelques graphiques, quelques dessins à propos de toutes ces techniques du corps, hop, replier, repositionner la lettre exactement comme elle était, et recacheter, on passe alors deux fois le doigt sur la partie collante. Lettre du 2. à l’oreille . « impulsion » . son mot que tu dramatises . désigne le mouvement de tout l’organisme vers l’extérieur, en avant. elle correspond à l’envie de nourriture distincte des réactions de la langue et des lèvres dans la déglutition. je me demande toujours if je te demande . un son ou son image son bruit / déflagration-minor . t’envoie / s’arrime va savoir les amants avec qui . on passe du corps social au corps vital . c’est qu’ils sont toujours à droite de la fiction . sur ses côtes son rivage ou avec . surgissent . au gré des lettres . il veut dire ce qu’elle veut . ils passent la nuit avec / se couchent devant . ils n’existent pas sans réalité . sans un appui réciproque sur un corps vivant . droit dans les yeux P.-S. : je veux te recopier ces phrases, tu les lis comme tu le souhaites « Regardons-nous en ce moment nous-mêmes. Tout en nous tous se commande. Je suis en conférencier avec vous ; vous le voyez à ma posture assise et à ma voix, et vous m’écoutez assis et en silence. Nous avons un ensemble d’attitudes permises ou non, naturelles ou non. Ainsi nous attribuerons des valeurs différentes au fait de regarder fixement : symbole de politesse à l’armée, et d’impolitesse dans la vie courante. » Lettre du 3. Il se situait hors-piste . en dehors de la réserve où tous les animaux sont parqués. Il se demandait ce que c’était que de percevoir – la vilaine question. Pour John Dewey, le jus s’exprime quand les raisins sont écrasés par le pressoir ou encore la pression précède l’expulsion du jus du pressoir autrement dit la spontanéité est le résultat de longues périodes d’activité. Pour Josef Albers, « il est difficile, sinon impossible, de se remémorer les couleurs distinctement… comparée à la mémoire auditive, la mémoire visuelle est très pauvre ». Une couleur a de multiples visages, selon l’expression. Et une figure de couleur ce que ça voudrait dire , bruit un peu trop en travers d’une expression ce qui se colore ici n’est rien d’immédiat quand les raisins sont écrasés n’est rien d’autre que le mot « colorer », comme dans colorado, « ce qui est coloré », marcher dans le colorado, c’est avant tout marcher dans les différentes faces du mot coloré P.-S. : manquent ces papiers phosphorescents collés au corps du livre réserve non peinte à la surface de la toile laissée brute le visage, ou le paysage vus sans avoir été peints / faits ainsi par le nom de la couleur Lettre du 4. obsolètes ? ces technologies sont difficiles à imaginer pourtant tu continues . je me dis / toi pour trop en faire ou pour faillir . tu as une façon secrète la double machine à jack prise A => piste A prise B => piste B reversement sortie = divers Arranger = technique d’ordonnancement du récit par piste A) ranger par lettre initiale B) faire les gestes correspondants C) traduire ce que ça fait exemple : puis pousser peu presque pas prisonnier pli pensif puis plaquer plus près puis placer passivement point par point pour parloter par pierres et plateaux puisque plusieurs ployés pour prince puissant principauté plusieurs pitoyablement potables pur-sang poupée puis pardi pileux pour pas pulluler plein pistil P.-S. : 1-2-3 ffff 1-2-3 ffff 1-2-3 [souffler] 1-2-3 ffff 1-2-3 ffff 1-2-3 [respirer] Lettre du 5. il faudrait certainement faire une prise sur le vif récupérer une phrase . la mettre verticale : comme ceci ( on ferait tomber la tête de 90° à droite et cela ne résoudrait rien même verticale la phrase sera toujours horizontale ou l’inverse ) doublement dépendant : du fonctionnement de l’organisme vivant qui lui sert de support ; des stimulations des croyances des normes des investissements des représentations émanant des groupes dont il fait partie de la phrase mais du visage / plissé de la grammaire je ne t’en dirai pas plus ce serait ta crise quel geste fait la question . doigt pointé / doigt sur la tempe, deux rotations brèves interloquées . mouvements athlétiques des bras dessin dans l’air d’une courbe . la main le coude le poignet forment ce qui pourrait être une interrogation P.-S. : dans ma lettre du 1, j’ai oublié de te dire cette histoire 1936 : « Ce mouvement qui, au cours des siècles et de façon tout à fait progressive, a éliminé le récit du domaine de la parole vivante, a en même temps rendu sensible, dans ce qui ainsi disparaissait, une beauté nouvelle. » 1989 (France) 1978 (Italie) : « Y a-t-il une expérience muette ? » 2012 : « Tout se passant avec l’écrit comme si en musique il n’y avait plus rien d’autre que la symphonie. » 1934 : « Vous savez tous que l’infanterie britannique marche à un pas différent du nôtre : différent de fréquence, d’une autre longueur. Je ne parle pas, pour le moment, du balancement anglais, ni de l’action du genou, etc. Or le régiment de Worcester, ayant fait des prouesses considérables pendant la bataille de l’Aisne, à côté de l’infanterie française, demanda l’autorisation royale d’avoir des sonneries et batteries françaises, une clique de clairons et de tambours français. Le résultat fut peu encourageant. Pendant près de six mois, dans les rues de Bailleul, longtemps après la bataille de l’Aisne, je vis souvent le spectacle suivant : le régiment avait conservé sa marche anglaise et il la rythmait à la française. Il avait même en tête de sa clique un petit adjudant de chasseurs à pied français qui savait faire tourner le clairon et qui sonnait les marches mieux que ses hommes. Le malheureux régiment de grands Anglais ne pouvait pas défiler. Tout était discordant de sa marche. Quand il essayait de marcher au pas, c’était la musique qui ne marquait pas le pas. Si bien que le régiment de Worcester fut obligé de supprimer ses sonneries françaises. » Lettre du 6. [des phénomènes psychiques par rapport aux réalités organiques] ou un appareil pour remplacer le regard ou pour doubler le mien . préliminaires : en mettant l’accent sur la peau d’ordre organique et imaginaire un système de protection / un premier instrument avec l’entourage je vise à faire émerger un autre modèle, à l’assise biologique assurée Josef Albers : « comparées aux lettres avec sérif, les lettres sans-sérif rendent la lecture difficile ». Elle parle / de ma dernière lettre . . . . son impression . . . . à part je qui touche au corps . ici je crains que cela ne soit pas possible . c’est un principe de base que de ne pas toucher au corps et si je b/couche là . ça impressionne la lettre ou ça l’imprime . et y’en a marre, des histoires mais quelle probabilité pour . que la fiction d’un film . me touche les yeux . m’impressionne . les histoires ne sont pas la fiction . si le film montre une lettre . est-ce une histoire de corps ou une fiction . rouge . bleue / peinte P.S. : Words that sleep in the body all night and in the daytime come out and touch you like a warm hand . Des mots qui dorment dans le corps toute la nuit et le jour venu sortent et vous touchent comme une main chaude No thing without words, no fact before signs, no specie, no prior body . Pas de chose sans mots, pas de fait sans signe, pas d’espèce, pas de corps avant parvenir à l’invention du geste Lettre du 7. corps en transition la conviction est moyenne . s’étiole / s’étoile anémier / réanime pâle / lape s’atrophier / apostropher mais familière son objet décrit fusil / faisan / festival balle / bol / bulle nœud / nid / notule entendre que ce que je fais mais le temps y penser encore juste attendre qu’on fasse passer ainsi le plus diversement la saturation sans calcul des langues parlées les sons d’éclat ou brusquement la syllabe à terre ne suture jamais P.S. : criminellement se retirer et montrer ce doigt / qui / ne lisez plus / parfois / à qui le sait / vient de le faire / touche / le film Film Rythme À Lisa, Caroline, Thalia, Stacy L’arrivée du garçon dans Conte d’été, l’homme habillé et la femme nue au large dans Le Mépris, le garçon et la fille dans Deep End, l’homme dans La Baie des anges, la femme et l’enfant dans Gloria, les deux femmes dans Je, tu, il, elle, l’homme et la femme sur le rocher dans l’Avventura, les deux jeunes hommes et les deux femmes dans Partie de campagne, la femme au portable dans Homme au bain, l’homme à l’écoute des musiciens dans Le Salon de musique, l’homme errant dans Le Labyrinthe des passions, le garçon qui chante faux dans Les Chansons d’amour, la voix de la femme dans Là-bas, la femme dans Gloria, la ville dans Le Joli Mai, la caméra sur les garçons dans Matador, le chanteur de fado dans La Religieuse portugaise, le jeune homme dans Tout sur ma mère, la chanteuse de Monteverdi dans Le Pont des arts, l’homme dans Le Salon de musique, Athéna et Poséidon dans Le Mépris, les hommes à la rivière dans Avoir 20 ans dans les Aurès, les danseurs dans le banquet de La Ricotta, le garçon dans Un enfant de toi, le travail de Billy dans Beau travail, le reflet de la femme dans Là-bas, le chanteur dans One + One, le titre dans Le Goût du saké, l’homme dans Man Hunt, la voix d’Anna Magdalena dans la Chronique d’Anna Magdalena Bach, le jeune homme au micro dans Café Lumière, la femme devant le bureau dans Ghost Dance, l’homme derrière le bureau dans Ghost Dance, la femme dans Les Nuits de la pleine lune, la femme sur la chaise tulipe dans La Salamandre, la femme dans Le Charme discret de la bourgeoisie, l’homme dans Zabriskie Point, Vénus dans La Dolce Vita, Diane dans La Notte, la femme et l’homme dans Notorious, Apu dans Le Monde d’Apu, Ariane dans Ariane, Le garçon dans Model Shop le garçon dans Rocco et ses frères, la voix dans le générique du Mépris, la jeune danseuse dans Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch, l’homme à la fenêtre dans So this is Paris, l’homme, Bach, et la femme dans Hannah and her Sisters, le garçon, le son dans Café Lumière, l’arrivée du garçon dans Poussière dans le vent, l’acteur dans L’Évangile selon Saint Matthieu, les pulsations dans City Life, Pierrot dans Pierrot le fou, le genou dans Le Genou de Claire, le garçon dans Je veux seulement que vous m’aimiez, Marilyn dans La Rabbia, la femme au couteau dans Les Temps modernes, le garçon dans Tropical Malady, la femme dans Lola, l’image dans Sayat-Nova, la cantatrice dans Médée, la fille aux cheveux courts dans Jeanne d’Arc, la femme à la machine à écrire dans Talons aiguilles, [lignes-rythmes-parallèles] ____________________________________, ____________________________________________, ___________________________, __________________________, _________________________, ___________________________, ________________________________________, ________________________________________________________, __________________________________, _______________________________________________, _____________________________________, __________________________________________, _________________________, _________________, __________________, ________________________________, _______________________________________, _______________________________, _______________________________________, ___________________________, ____________________________, _____________________________________________, _________________________________, ________________________, ___________________________, __________________________, _____________________, ______________________, ___________________, _______________________________________________________, ___________________________________ _____________________________________, _____________________________________, ________________________________, _______________________________________, ________________________________________, _______________________, ____________________, ________________, ____________________________, _____________________, _______________, ______________________, ___________________________, ____________________________, ______________________________________________________, ________________________________, _____________________________________________, ____________________________, _____________________________________, ___________________________________, ______________________, ____________________, __________________________, _________________________________________, __________________, ______________________________________, ________________________, _______________, ___________________, ____________________, ___________________________________, _________________________________________, corr. femme à la machine à écrire dans La Fleur de mon secret Futura : fiction documentaire 0. Mettons que je t’appelle . qui es-tu par exemple . allô oui ? . une conversation . un son . par exemple . bon . je reprends le dialogue . je forme rapidement . le défilement par exemple . alors . d’une forme extrêmement . de faiblesse . là tout court tu défiles . adresse . et par exemple tu dis . c’est bien lui . il n’y a que des positions . avant / après . je reprends ce dialogue je filme . peut-être . ici . à voir . s’entend . par exemple . une irritation . une explosion faible . de ta bouche . tu es là . peut-être . un corps . par exemple . vide . de sa basse . sa ligne d’en dessous . disons, sa platitude . sa technique timide . Au film Piste B : Je crois à la révolution des images. Piste A : Oui, vraiment ? Piste B : Après tout, la photographie c’est la vérité, le cinéma c’est 24 fois la vérité par seconde. Alors ? Piste A : Dis-donc, on n’aurait pas déjà un peu dit tout ça ? Ça par exemple : chacune d’entre elles existe dans le moment précis où on la voit. La poésie examine la figuration plutôt qu’elle n’est l’image de quelque chose qu’on s’est déjà figuré. Où saisir votre visage à découvert ? Alors ? Piste B : Oui, disons que ce n’est pas de moi, disons que je me fiche des origines — J’y crois et je n’y crois pas. Piste A : Je m’en doute. Piste B : Et puis cela fait beaucoup de questions. Piste A : Dans l’homme à la médaille, ce tableau qu’on appelle aussi Inconnu portant la médaille de Côme de Médicis, quel est le portrait initial ? Les fausses mains enserrent la fausse médaille et c’est la conquête de la figure. Mais elle avait aussi, du même coup, ravivé l’énigme de ses valeurs primitives. Piste B : Tu le dis tu le dis et alors ? 1. dans la conversation . s’entend . ceci . c’est-à-dire . une explication . on entend . d’un côté . les deux parties de la conversation . se rencontrer . faiblement . ou à voix basse . contestée . juste assez pour être perçue . allô . de l’autre côté . mais qui est-ce ? . sans écouter . de l’autre côté non plus . par exemple ! . on te téléphone . dans tous les endroits . on vibre sur ce corps . les récepteurs . on décroche . allô oui oui . d’irritation . on parle . avec peu d’attention. enregistrer les deux faces les deux phrases . allô ben oui allô oh mais ça ne passe pas . Au bout du fil Phase A : Tu comprends, cette figure des « yeux recroquevillés »… c’est une des multiples pistes, mais j’aime pas beaucoup… Phase B : Tout est possible quand on pense pouvoir dire que la phrase… Phase A : D’accord, les images ont des logiques et l’objet est un acteur, un bon acteur qui peut jouer dix pièces différentes, un objet peut jouer dans dix tableaux différents un rôle différent. Phase autre : Vous y allez fort. Phase B : Mais oui et pourquoi pas ? Allons-y : je crois à la primauté du geste spontané de faire le retournement des images. Puisqu’elle saute sur le lit, tourne dans sa robe, probablement blanche, regarde à travers la pochette de disque le photographe la regarder à travers l’objectif. Phase A : Mais tu y crois à tout ça ? Prends le roman, il semble avoir tout englobé, et pourtant… « La fiction, je crois qu’elle habite d’abord dans le buissonnement fictionnel continu et instable de tout ce qui nous entoure. » 2. conversation tue . switch . off dans le film traversant l’atonalité du paysage il regarde cette image qui ne lui apprend rien ne le frappe pas mais l’intrigue il y aurait des plantes des mots . a.ca.cia . ou . a.ca.ci.a . des plantes se disent des noms elles se passent des accents . il se demande . plan fixe . clap . répété . ou durable . les plantes . des voix . d’une lettre à la lettre . d’un instant redonné . fixe . il verrait des oranges de saint michel . la tige de rhubarbe rouge . coupés pour vous du reste de la ville . 3. remplir salut . bonjour . alors . oui mais . allô ? . non . ou encore . si . toujours . peut-être . non mais . eh bien . je veux dire . vous voyez . comment dirais-je . euh. enfin si . mais si . vous voyez . c’est que . par exemple . on dit . tu rigoles . non, non . mais si . non, tu rigoles . tu parles . pfff . bah . va . c’est la vie . quoi . tu veux rire . [rires] . oui . oui, oui . oui, mais oui . trois fois oui . oh . enfin . allez . bon . eh bien . ben quoi . ça alors . si vrai . zéro . basta . [pause] . bien dit . ça . basta cosi . nada . bof . paf . pif paf pouf . boom . nullement . bang . et tout et tout . oh là là . vous me direz . hiiiiii . [silence] . salut . au revoir . ciao . c’est pas pour dire . mais . pof pof pof . fichtre . beh . alors ça alors sapristi . ça, c’est bien vrai . sans blagues . ouais. tu sais. hum . c’est vrai . OK . tu déconnes . quoi . comme il y va . j’vais vous dire . grave . au vrai . ben ça alors . trop . c’est top . d’accord. qu’j’y ai dit . pardi . tiens . grave bien . mec . en fait . dans le film il joue tout simplement à nommer . comme elle l’avait fait auparavant . loin de lui . au téléphone . il se renomme pour lui en privé . des objets animaux plantes vêtements des phrases qu’elle avait à peine formulées . comme il fait défiler ses emplois de syllabes . il ne joue peut-être pas vraiment . il les relie comme il les projette . 24 fois + 2 = (cette fameuse RéA) Réalité Augmentée : acacia . foliole . krill . passoire . univalve . bernache . gibbon . lampion . quinquina . vibraphone . compas . hampe . menthe fraîche . rotule . winch . digitale . iguane . nuisette . silure . xylophage . épine . jouet . oursin . thorax . yack . zoo 4. réalité augmentée = des formes d’appel . tout comme ça . un cri un mot dit plus bas . on dit « en souffrance » . pâles . sans intensité . presque . ou peu d’intérêt . des formes qui passent . partout . ne s’entendent pas . majorées . sans massif . en anglais on dit « flowerbeds » . sont presque interdites . on parlera alors de forme « sans turf » ou « déturf » . retour : switching on Phrases : De toute façon nous ne sommes pas là pour construire un dialogue didactique. Je m’interrogeais tout à l’heure de savoir s’il y a une expérience muette ? Phrases : Mais pourtant, comment se fait-il que je trouve parfois difficile de montrer la couleur d’un objet alors que je n’ai pas à montrer l’objet lui-même ? Cela ne t’arrive jamais ? Phrases : Non, jamais – j’affirme toujours ce que je sais, c’est une expérience que je choisis. Phrases : Même si cela ne t’arrive pas est-ce que ça n’existe pas ? Si ça existe ailleurs comment en tiens-tu compte ? Tu penses alors que cela requiert une certaine surdité. Tu n’empruntes qu’une piste à la fois ? switching off 5. ça tourne . autour par exemple . là . s’allonge s’étend . comme si . faisant une révolution . se balance . ainsi par exemple . il dit . d’un côté / d’un autre côté . fait une révolution . ne pas en nier la possibilité . autour du bras un bandeau . une insurrection . peut-être . avec la faible forme . je me retourne. comme . d’un autre côté / d’un côté . et ce bras ici entouré d’un ruban . noué-dénoué . entre le bandeau et le bracelet . détruite . dans ces conversations . du geste . dénouement . à plat . [rires] film (24 + 2 = 26) il entend la sonnerie [vibraphone] de l’appareil . en nuisette . se demande s’il est suffisamment d’humeur pour répondre à l’injonction d’une sonnerie d’appareil . il y va . marche [iguane] . glisse [silure] . se balance [bernache] . pense au thorax . au quinquina pris . hier / aujourd’hui / demain . regarde le combiné [passoire] . dégradation de son état . véritable articulation [rotule ou compas] du dialogue . sans fil [univalve] . l’écran indique un numéro « privé » . il regarde . il s’intime l’ordre . décroche . un jouet . on lui parlait de menthe fraîche et des folioles d’acacia . on lui parle déjà de la digitale . « Tu sais la ménagerie, mais si le zoo, non ? Beh, non non. Vraiment tu ne te souviens pas des rires ? Oh mais si : les gibbons, les yacks, la juxtaposition de ces animaux. Oui, c’est ça. Un état d’incongruité sans véritable raison, tu disais que c’était comme de juxtaposer les mots winch et xylophage, que cela produisait des formes et peut-être [bah, on évoque le krill et les oursins les bivalves les hippocampes les anémones et les concombres des mers . toutes ces formes fluorescentes . aquariums lampions d’une fête en bocal . les étoiles . une fête peut-être . juste cela qu’on peut toucher du doigt . par exemple un appel . téléphonique] il évoque, quant à lui, la visite au jardin botanique [iguane] et veut à tout prix que les digitales aient des épines [quinquina]. il interrompt la conversation [univalve], là, non, ce n’est plus possible. tu veux tout révolutionner [compas] et pourquoi pas des corolles tant qu’on y est ? [passoire] oui pourquoi pas : lorsque j’écris hampe, bah, ou vibraphone, je forme bien un h. [undated] un journal . une écriture instantanée . de lettres . reprises . été . ou autre . un mouvement . une forme question . de récit . répétée . automne . alors une forme film . s’interroger . par lettres . arrangées . hi[v]er . ou bien . film lettres journal forme question interroge la possibilité de raconter une saison bruyante springing FIN (PROVISOIRE) De l’enquête Piste intermittente : La logique de l’absence (Une lettre de chiffres) Sur un livre de Rosmarie Waldrop 1. « 4:04 », « 5:05 »… Chère Rosmarie, cela fait dix jours que je n’écris pas ces trois pages sur les cinquante-deux pages de ton histoire de zéro18. 4:04… 5:05… à mesure que les heures de la nuit passent, avec leur logique particulière, unheimlich, je me demande ce qui fait que je me réveille à 4:04 puis 5:05. Je ne dors pas, et ça c’est la logique de tes nombres, ou du moins la logique de ces chiffres est celle de ton chiffre, que je n’ai que trop lu dans la dernière partie de Driven to Abstraction, ton chiffre, zéro : « emprunté à l’italien zero, contraction de l’italien zefiro, issu du latin médiéval zephirum qui représente une transcription de l’arabe sifr, ‘vide’, ‘zéro’. Le mot arabe avait été emprunté par le français sous la forme cifre. » Au cœur de leur apparence, ces chiffres de ma nuit sont déterminés par la logique de l’absence que ton dernier livre met en œuvre. 0 au milieu, ou « o », un centre vide, qui organise l’absence comme le point (zéro se notait « o » ou « . ») à partir duquel ta pensée se déploie – c’est souvent de part et d’autre des points qui terminent tes phrases-vers que se joue le sens, son ambiguïté, son questionnement. 2. Fantômes fascinés Dans Driven to Abstraction, ton dernier livre en date, il y a cette partie finale sur le chiffre zéro, le sifr, vers laquelle je n’arrête pas de revenir – comme souvent, dans ta logique de l’ab-sence, tes textes façonnent une logique spectrale, une hantise, par une poétique de l’entre-deux : « entre l’absence de chose et l’absence de signe » (85) – ma traduction, ici, ne dit pas que l’entre-deux est aussi la présence d’un lien graphique entre « thing  » (« chose ») et « sign » (« signe ») – la phrase, dans ton texte, est « between absence of thing and absence of sign, a distance to travel » – cette distance est aussi celle qui sépare le mot thing du mot sign dans la ressemblance différente de leur agencement de lettres. La proximité entre les signes utilisés pour dire « chose » et les signes utilisés pour dire « signe » est précisément ce qui crée le fantôme de ta langue : on y trouve des ombres, les ombres des ombres, des charmes, il y a dans ton écriture en général, et dans Driven to Abstraction en particulier, une oscillation entre le corps matériel présent-absent et la tendance (drive) à l’abstraction. 3. Corps du texte, corps dans le texte Si l’acte de signifier est une abstraction, si les mots eux-mêmes sont le produit d’une opération qui tend, comme le chiffre, à abstraire – zéro est ainsi une abstraction maximale – la figuration se retourne, elle prend un corps, par analogie – le zéro est un « œil de cyclope » (99) – mais aussi par la fin de l’analogie – son impossibilité à être analogique jusqu’au bout – et, donc, par la rupture – l’abstraction, dans Driven to Abstraction, va vers le corps – le vers retourne soudain au corps : des mots qui dorment dans le corps toute la nuit et qui dans la journée sortent et te touchent comme une main chaude (99). ou, plus encore, entre l’absence de chose et l’absence de signe, une distance à parcourir. Et ajoute un charme contre le mauvais œil. Les doigts de la main droite errent sur les parties intimes, et les doigts de la main gauche caressent les tétons (85). Qu’est-ce qui s’« incarne » – c’est ton mot (93) – comment le mot en vient à acquérir la matérialité d’une chose, à prendre par surprise et à retourner le raisonnement et la logique dans l’entre-deux d’une présence absente ? Tu as cette merveilleuse phrase, qui est un vers dans ces poèmes en prose, un vers qui termine un paragraphe-strophe où il est question de l’écriture comme « outil du négatif ». Ce vers retourne le paragraphe, juste au moment où il allait s’achever, et le projette dans la matérialité de la plaque imprimée, dans la physique de son travail impressionnant : « un rien qui mousse sur la plaque d’encre » (125). Les conditions du sens ne tiennent pas à grand chose, elles sont pareilles à ce mince cercle tracé qui permet de compter, mais qui, pourtant, ne peut se multiplier et ne peut multiplier les autres, puisqu’il les annihile toujours – les conditions du sens ne tiennent pas à grand chose, elles sont une ombre, « rien et son ombre » (131), l’ombre de ce rien qui se transmet grâce à la plaque encrée de la machine à imprimer. Elles sont ces circulations minimes de lettres qui absentent le mot et pourtant signifient par leur reprise incessante : dans « Zéro, le nombre corrosif » (91), les paragraphes saturés par la lettre « o » offrent des chemins de traverse. La lettre, ce rien, signifie en traversant la page, en se signalant de façon récurrente quoique minime, ces lettres sont comme ces « Amé(rien)diens » dont je parle dans le chapitre consacré à ton travail dans mon livre sur l’infime et la politique de l’infra-mince19. Ces lettres qui parsèment le texte comme ce que tu appelles un « rien fertile », le relancent constamment, le mettent en mouvement par contamination : Act, fact, pact, tract, intact, abstract. Hacked, racked, cracked, sacked, stacked, nackt (131). Le texte est alors électrisé dans « un éclair infime » (87) par le « corps éclectique » (113). Quand Whitman « chante le corps électrique20 », tu formules le « corps éclectique », c’est-à-dire des mots qui passent comme un courant alternatif, répétitif d’une lettre à l’autre, d’un vers à l’autre, d’une page à l’autre, les mots se traversent le corps du poème, ils déplacent les significations en ne cessant d’interroger la nature même de l’abstraction qui conduit, par exemple, de la monnaie, au papier monnaie, à la « xenomonnaie » – le terme qu’utilise Brian Rotman dans Signifying Nothing : The Semiotics of Zero où Driven to Abstraction puise son matériau linguistique – la xenomonnaie, c’est-à-dire la disparition progressive de toute tangibilité de la valeur. 4. Les logiques du sens comme une logique de l’absence Tes textes sont donc des logiques, on le savait au moins depuis la poétique wittgenstienienne de La reproduction des profils21 et tu réempruntes à Wittgenstein dans Driven to Abstraction. Les figures logiques abondent, mais il en est deux qui reviennent pour briser la logique, lorsqu’elle est trop sûre de ses catégories et de ses systèmes de signification : la tautologie et la contradiction. Ce que tu opposes à la logique, c’est une logique de la contradiction-contraction – « contradict as needed » – c’est-à-dire une logique qui relie les contraires et les fait parfois s’annuler par la suspension du jugement, la faille ou la fissure (100). Une logique du sens qui ne peut passer que par son absence de sens, provisoire ou non. Cette même hésitation entre le corps physique et l’abstraction des corps. Par exemple : Mais je désire cela. Le corps. Même si des veines bleues courent du genou aux chevilles et que les pieds sont si gonflés qu’ils débordent des chaussures. Et comment puis-je désirer quelque chose qui est ici ? (99) La logique du sens de l’absence est donc celle de la distance contenue dans le mot « absence » même – absence < ab-sens – cette absence vers laquelle, comme dans les circulations de La route est partout22, on est conduit – driven – par le rythme de tes vers. 5. Question de chiffres Ce matin, 7:07, qu’est-ce à dire ? PISTE C : TRADUCTIONS (Epreuves du divers) Prononc. et Orth. : [tʀadyksjɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. xiiies. « blâme, reproche ; peine, châtiment » (Bible, BN 901, fo17 d [Sag. 11, 8 : in traductione infantium occisorum] ds Gdf. : en la traduction d’enfans ocis) ; 1530 (Lefevre d’Étaples, Bible, éd. 1530, Sapience, 18 [Sag. 18, 5 : in traductionem illorum] ds Delb. Notes mss : en leur traduction), rare dans ce sens. B. 1. a) 1540 « action de traduire d’une langue dans une autre » (Amadis, éd. H. Vaganay-Y. Giraud, p. XII, 5 : les Espagnolz ont fait leur traduction) ; b) 1956 traduction automatique (Korolev, Rasoumovski et Zélenkévitch, Les expériments de la traduction automatique de l’anglais en russe à l’aide de la calculatrice B.E.S.M. Ac. des Sc. de l’URSS (en fr.), Moscou, ds E. Delavenay, La Machine à traduire, Paris, P.U.F., 1959, p. 64) ; 1956 traduction mécanique (E. Cary, Mécanismes et traduction ds Babel, vol. II, no3, oct. 1956, p. 104) ; 1977 traduction assistée par ordinateur (C. Carestia Greenfield, La Traduction assistée par ordinateur, Paris, Afterm et Iria, 1977) ; c) 1967 traduction simultanée (Rob., s.v. simultané). 2. 1540 « texte ou ouvrage traduit » (Amadis, op. cit., p. XII, 27 : ceste traduction d’Amadis) ; 3. 1716 fig. « expression, transposition » (La Motte, Réflexions sur la critique, p. 186 : [les mots sont] la traduction immédiate des choses et des sentimens) ; 1751 (D’Alembert, Discours préliminaire ds Encyclop. t. 1, p. IX : la traduction mathématique d’une proposition) ; 4. 1970 génét. (Husson). À empr. au lat. class. et chrét. traductio « action d’exposer au mépris, censure, blâme, médisance, critique ; peine, châtiment », dér. du verbe traducere (traduire) dans quelques-uns de ses sens : « exposer au mépris ; confondre, châtier, punir ». B dér. sav. de traduire* d’apr. le lat. class. traductio « traversée, action de faire passer d’un point à un autre ; rhét. : métonymie, répétition d’un mot ; exhibition publique, action d’exposer au mépris », dér. de traducere (traduire*). En ital. traduzione est att. av. 1420 (Domenico Da Prato ds Z. rom. Philol. t. 87 1971, p. 100). Au sens 1 b, cf. l’angl. mechanical translation (1954 ds E. et K. Delavenay Bbg. de la Trad. Autom., 'S-Gravenhage, 1960, p. 20) et machine translation (1955 Id., ibid.), automatic translation (1956, Id., ibid., p. 57) ; computer-aided language translation (1963 H. H. Josselson, Computer-aided language translation in KVAL Seminar 1963, 11-14 mai, Stockholm). Fréq. abs. littér. : 1 701. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 536, b) 2 214 ; xxes. : a) 1 668, b) 2 880. Bbg. Clas (A.). Terminol. et théorie de la traduction. Colloque Internat. de Terminol. 6. 1977. Pointe-au-Pic. Québec, 1979, pp. 281-304. − Darbelnet (J.). Théorie et pratique de la traduction prof. Meta 1980 t. 25, pp. 393-400. − Ladmiral (J.-R.). La Traduction. Lang. fr. 1981, no51, 107 p. − Lilova (A.). Introd. à la théorie gén. de la traduction. Sofia, 1981, 343 p. − Maillot (J.). La Traduction sc. et techn. Paris, 1981, 264 p. − Mounin (G.). Les Probl. théor. de la traduction. Paris, 1976, 296 p. Pergnier (M.). Théorie ling. et théorie de la traduction. Meta. 1981, t. 26, pp. 255-262. pile = Essai-figures La capacité négative du migrant On -- nous . on se retrouve là-bas . qui est « on » ou « nous » . je sais que parfois je me retrouve là-bas . mais que je ne suis pas « on » et « nous » . je me retrouve . dans des aéroports . des terminaux de transit . mais que fais-je dans ces terminaux . indéfini je participe à des circulations . d’autres ne sont pas ici là-bas pour les mêmes raisons . ou encore . je n’ai pas vraiment de raisons . si ce n’est le voyage . parfois l’invitation / / d’autres sont poussés à partir – figure un. richesse arrêtée nette dans un sous-bois parfois la limite du chemin forestier il s’est enfui comme toujours son poil sa fourrure l’a protégé des branches il est là aussi elle parfois juste sur le bord il fixe de son œil rapide les mouvements striés des variations . c’est la pleine lumière . qui l’a attiré . En 1817, le poète anglais John Keats, pas véritablement un migrant, même s’il est enterré, au loin, mais de façon presque prévisible, à Rome. 1817 : une expression, dans une lettre, « negative capability », la capacité négative. « I had not a dispute but a disquisition with Dilke, upon various subjects ; several things dove-tailed in my mind, and at once it struck me what quality went to form a Man of Achievement, especially in Literature, and which Shakespeare possessed so enormously – I mean Negative Capability, that is, when a man is capable of being in uncertainties, mysteries, doubts, without any irritable reaching after fact and reason – Coleridge, for instance, would let go by a fine isolated verisimilitude caught from the Penetralium of mystery, from being incapable of remaining content with half-knowledge. This pursued through volumes would perhaps take us no further than this, that with a great poet the sense of Beauty overcomes every other consideration, or rather obliterates all consideration. » Pas ici / Il ne faut pas compter sur moi / pour me lancer dans le romantisme / pour en parler avec un air de savoir / ou / pour dire, d’autres le font déjà, que nous sommes tous des romantiques / ce n’est pas cela – alors pourquoi Keats ? figure deux. Elle se porte au loin près du pavillon de chasse. Elle se repose d’une course longue du matin. Elle a mangé peu. Elle observe doucement les animaux. Autour d’elle et plus loin. Elle va repartir sans doute. Elle crée dans le son un déplacement manifeste. Pourtant tout est clair tout du rythme des autres s’étend de loin. Elle ira les rejoindre, un bond en entraînera un autre et s’enchaînera souvent de l’autre côté d’un étang, puisque c’est souvent là qu’elle les trouve, ses semblables. […/ ] … entre Tijuana et San Diego, la frontière dangereuse, le migrant qui peut passer se passe de son identité ou la recompose… il la porte derrière un masque de migrant frontalier et la fait passer en contrebande… Heriberto Yepez parle de cette identité fantôme . le garde frontière s’attend à ce qu’on lui réponde ainsi / il vaut mieux mettre en scène une petite pièce qui lui donne ce qu’il attend donner ce qu’il attend ne revient pas à se compromettre mais à passer ce qui sinon devrait rester à la frontière / malgré la domination surpuissante quoique banale et quotidienne du garde frontière on ne peut plus bien être certain de qui l’emporte / … / … lorsqu’il le peut le migrant résiste à cette condition imposée par des circonstances qu’il ne choisit pas tout à fait on pourrait dire que le migrant ne choisit jamais véritablement la raison qui le pousse à tenter de franchir les frontières / et pourtant il n’y a pas un migrant / s’il est vrai qu’on ne peut pas parler de peuple au singulier on ne peut pas parler de migrant au singulier – figure trois. à peine eu le temps de voir sur la piste là-bas disparaître ce qui devait être un corps retrouvé plus tard figé ou est-ce lui la respiration tendue presque arrêtée tant il est rapide il a déjà échappé à la vue ce qui n’est plus qu’une masse vive d’allure à l’œil est un corps défini de chaleur. alors – il y a eu – une notion – qui était merveilleuse – elle était le « nomade » . et . le « nomadisme » – on avait fait des jeux nomades / monade elle paraissait sans doute s’appliquer à de nombreuses choses – soudain tout semblait nomade / car tout semblait se mouvoir – jusqu’aux biens à consommer on les appelait « nomades » – pour les vendre – ce n’est pas parce qu’un bien à consommer porte un nom que ce mot est mort – en anglais on dit commodity, est-ce parce que le nomade est commode ? mais une notion comme celle-ci à un moment comme celui-ci / celui de la migration stigmatisée / peut-on gommer le travail de la migration dans le nomadisme / et si tout est nomade est-ce que rien n’est nomade – ce sont des questions, adressées à des amis – figure quatre. Il a tracé, comme on dit qu’il part, rapide, d’un trait, il a passé la rivière, il a semé ainsi ceux qui le poursuivent, il s’est arrêté, a fait pivoter massivement son encolure, a porté son regard, en direction de par-delà le gué, ils sont plantés, trop profond, il peut alors prendre la piste qu’il souhaite emprunter – auparavant il avait dû, sinueux, brouiller, l’une, la deuxième, la seconde, l’autre encore, et puis celle-là aussi, il a dû passer dans la menthe, il a dû brouiller les pesanteurs, puis traverser la rivière et pouvoir à nouveau choisir parmi celles qui s’offrent à sa rétine Dans le film L’Escale, des migrants iraniens arrivés clandestinement dans Athènes tentent de franchir les frontières. Il leur faut un passeport, véritable, non pas un faux passeport, mais un passeport revendu par un membre de la soi-disant communauté européenne / alors, le passeport obtenu, ils doivent apprendre à ressembler à la photo du passeport, à la langue parlée par le passeport, à la sociabilité du passeport / la condition de leur passage est cette capacité à se faire autre pour duper le grand théâtre – dans ce film, un des migrants iraniens a une déformation au visage / il ne passera pas car il n’y aura jamais de passeport / pour lui, la capacité négative ne s’applique pas – il doit retourner / en Iran / pour y mourir mystérieusement [… / …] je n’arrive pas à me dire nomade – et je ne m’en plains pas – c’est un problème de riche / le nomade métaphorique est celui qui a des papiers, celui qui est en règle, il peut se livrer à la libre circulation des hommes, des avions, des objets / je veux dire par là / le « nomade » est le problème de celui qui a trop et déjà trop eu – alors j’emploie l’indéfini et forme ce mot – la capacité négative du migrant – ce que c’est dans la langue d’un pays qui se dit autre que celui qui en prend le langage Brecht a dû se réfugier aux États-Unis, comme beaucoup d’Allemands juifs et non juifs. Il y consacre son journal : « j’ai survolé ces jours l’ensemble des notes. Bien sûr, elles sont passablement distordues, pour me protéger des lecteurs indésirables et j’aurai des difficultés à les utiliser un jour véritablement. Ici je respecte quelques frontières, justement parce que quelques frontières sont à franchir. » Critique polémique des États-Unis, « ce sont réellement des nomades. Ils changent de métier comme de bottes, bâtissent des maisons pour vingt ans seulement et ne les habitent pas jusqu’au bout, ainsi leur pays est privé de toute réalité locale. » / Grammaire critique Un pluriel englobe Un pluriel fait le divers Un fait la généralité Un fait la multiplicité Un pluriel dit every + singulier Un autre dit each + singulier figures Ils ont la sensation extrême, douce, palpable, tangible, de miroiter chacun le cou plongé dans l’eau du bassin, fait artificiel, ils se regardent, proprement aptes à détaller, ils ne savent rien les uns des autres, à détailler, ils possèdent la sensation fragile, palpitante, outrée, exclamative, de pouvoir partir à tout moment, dès qu’ils l’auront décidé FACE = TRADUCTIONS whoroscope cap au pire la ronde de nuit nightwatching vertigo sueurs froides l’inconnu du nord-express strangers on a train the trouble with harry mais qui a tué harry meurtre dans un jardin anglais the draughtsman’s contract dial m for murder le crime était presque parfait la loi du silence i confess suspicion soupçons all about eve ève Traduction espagnole à suivre (phrases sur cette étrangère) parler une langue exclut parfois la langue qu’on parlait cette grand-mère, qui avait été espagnole, qui l’était peut-être encore, ne disait pas un mot – elle disait qu’elle ne comprenait rien à tel ou tel film mais que les décors et les tissus étaient superbes – elle parlait beaucoup en se taisant : elle ne parlerait pas l’espagnol, sa langue étrangère, puisqu’elle était française. Elle était couturière. Sa vie passée à refaire et à adapter des robes de haute couture – des tissus, des ciseaux, des épingles, partout, logées dans les interstices du carrelage, en haut, dans son atelier – à côté de la chambre des garçons – longeant l’avenue où les voitures filaient, où les voitures, parfois, s’encastraient dans son mur. Elle parlait la langue des autres comme sa langue propre et ne supportait pas les étrangers, leur refusait même le droit d’être étranger sur ce sol qui était le sien et auquel, pourtant, elle n’appartenait pas vraiment : « nous au moins nous n’étions pas… » – « nous » à qui elle refusait sa langue – Elle adorait passionnément la télévision – les téléfilms étrangers venus d’Allemagne (Derrick), venus de France, venus des États-Unis, où elle n’était jamais allée – elle avait une fiction qui était celle des dollars – mon petit-fils est payé en dollars – elle partait en voyage La langue que je parle se nomme anglais – elle a souvent délité la langue que je parle – le français – sans que je parle l’espagnol – la langue que je parlais était les langues – savoir les dire sans les comprendre – chansons ventriloques – accents contrefaits – apprendre des langues – les comprendre aussi – la langue de Chine, la langue d’Espagne, la langue d’Argentine, la langue du Mexique, la langue du Panama, la langue du latin, la langue de Grèce, la langue d’Italie, la langue d’Angleterre, la langue d’Écosse, la langue d’Allemagne, la langue du Canada, la langue du Québec, la langue d’Ontario, la langue de Genève, la langue de Bruxelles, la langue de New York, la langue de Brooklyn, la langue du Nord-de-l’Angleterre, la langue du Sud-des-États-Unis, la langue de la publicité, la langue de l’université, la langue de mes parents, la langue, la langue du sud de la France, la langue du Nord de celle-ci – aucune Elle taillait dans cette matière – aimait et n’aimait pas faire cela – aimait ses clientes riches et n’aimait pas leur pingrerie – pensant qu’elles cherchaient à porter du faux alors qu’elles auraient, peut-être, pu porter du vrai – elle cherchait toujours à savoir si le nom de mon autre grand-mère, c’est-à-dire le nom de mon grand-père, était juif – et si telle était la raison de leur migration d’Alsace, aux Alpes, puis dans cette ville de la Méditerranée lors de la débâcle. Elle cherchait à savoir. Avait toujours la même réponse. Mais continuer à questionner et à ne pas savoir prononcer le nom de l’autre famille. Mon autre grand-mère se taisait aussi – pensant certainement qu’il n’y avait rien à répondre – que c’était une histoire française, une histoire espagnole, aussi, une histoire de l’Est de l’Europe, qui se rejouait sans qu’on le dise. Le silence de la langue – la capacité de se taire – Elles avaient toutes les deux appris des langages pour ne pas fabriquer celui ou ceux qu’elles parlaient et ne disaient pas – ou peut-être à la fin de leur vie – l’autre grand-mère, dans les minutes qui lui restaient à vivre, sentant qu’il n’y avait plus rien à faire – demanda si on pouvait aller lui chercher un sorbet au citron sous-titres Conte d’été = A Summer’s Tale Le Mépris = Contempt Deep End = Deep End La Baie des anges Gloria Je tu il elle = I You He She L’Avventura = L’Avventura Une partie de campagne = A Day in the Country Homme au bain = Man at Bath Jalsaghar = Le Salon de musique / The Music Room Laberinto de pasiones = Le Labyrinthe des passions Les Chansons d’amour Là-bas Le Joli Mai Matador = Matador La Religieuse portugaise Todo sobre mi madre = Tout sur ma mère Le Pont des arts Avoir vingt ans dans les Aurès = To Be Twenty in the Aures La Ricotta Un enfant de toi Beau travail One + One sanma no aji = Le Goût du saké / An Autumn Afternoon / The Taste of Sake Kohi Jiko = Café Lumière Ghost Dance Les Nuits de la pleine lune = Full Moon in Paris La Salamandre = The Salamander Le Charme discret de la bourgeoisie = The Discreet Charm of the Bourgeoisie Man Hunt = Chasse à l’homme Chronik der Anna Magdalena bach = Chronique d’Anna Magdalena Bach La Dolce Vita La Notte Notorious = Les Enchaînés Zabriskie Point Apur Sansar = Le Monde d’Apu = The World of Apu Rocco e i suoi fratelli = Rocco et ses frères Tanztraüme = Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch So this is Paris = Ariane Model shop Tanzträume = Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch Hannah and her Sisters = Hannah et ses soeurs Liàn liàn fēng chén = Poussières dans le vent = Dust in the Wind Il Vangelo Secondo Matteo = L’Évangile selon Saint-Matthieu Pierrot le fou Le Genou de Claire = Claire’s Knee, City Life Ich will doch nur, daß ihr mich liebt = Je veux seulement que vous m’aimiez = I Only Want You to Love Me La Rabbia Modern Times = Les Temps modernes Sud pralad = Tropical Malady Lola Sayat-Nova Medea = Médée = Medea Jeanne d’Arc = Joan of Arc, Tacones lejanos = Talons aiguilles = High Heels La Flor de mi secreto = La Fleur de mon secret SÉRIE de TESTS 1. Si je dis « elle était foncièrement poète23 », est-ce que je pense au gouvernement poétique des taxes ou est-ce que je passe par l’anglais pour penser au mot italien désignant les strophes ? Si je dis « avec un souci immédiat des petites gens24 », est-ce que je pense plutôt à une personne d’un mètre quarante ou à une personne d’un mètre cinquante ? Si je dis « traduis-moi25 », est-ce que j’érotise la justice ou est-ce que je traduis un conte victorien ? Si je dis « cela dépend où on place le curseur26 », est-ce que je suppose que la réalité est une balance, un fusil, la page d’un document word, ou encore une résistance électrique réglable qui, intercalée dans un circuit, permet d’y modifier l’intensité du courant ? Si je dis « cela me passionne27 » est-ce que cela me transforme en passion ou est-ce que je suis l’action de ce dire passionné ? Si je dis « pas de soucis28 » est-ce que je parle de mon insensibilité, parce que tout est modérément acceptable en surface, ou est-ce que je me fais violence ? Si je te dis « un récit de toi » est-ce toi ou moi qui raconte ? Si je dis « la France n’a pas fermé la porte au gaz de schiste29 », est-ce que je pense à un drame bourgeois ou à un contrepet ? Si mon voisin de compartiment est aussi mon voisin de compartiment au retour et qu’il dit « décidément, à l’aller comme au retour30 », dois-je penser qu’il l’a décidé, ou dois-je adopter un autre comportement ? Si je dis « migrant31 », est-ce que cela signifie un nom ou un participe présent ? Si je persiste à dire « à gauche, tout dépend d’où on place le curseur32 », est-ce que la droite n’a pas de logique ou est-ce que je suis une machine ? Si je préviens le futur est-ce que quelque chose arrive et si je prévois le futur est-ce que rien n’arrive33 ? (quelle est la forme de cette question ?) 2. Dans [djeste], faut-il entendre « geste » « just » « jester » ou seulement lire une notation phonétique ? Dans wikileaks, faut-il entendre la répétition du [i] se résoudre en [i :] ou seulement lire les fuites ? De même dans data, faut-il entendre le redoublement du [a] et les deux consonnes occlusives ou faut-il seulement lire les documents le lieu et le jour le mois l’année ? De même dans « écran de fumée », doit-on penser que l’écran est lui-même de la fumée ou est-ce la fumée qui est un écran et, si tel est le cas, est-ce une expression littérale ? Quand je parle du « soulèvement du voile », est-ce que je veux parler d’une révolution politique, d’un retournement religieux, d’une résolution narcissique, ou de bien autre chose encore ? Quand j’écris « souvenir écran » et que j’oblitère « écran », qui du souvenir, de l’écran ou du souvenir écran est le plus important ? « S’ils se projettent eux sur cet écran, sont-ils projetés en moi comme un écran ? » « Si je me projette moi dans cet écran, est-ce que je suis dans celui-ci ou sur celui-ci ? » Si je reprends 0 comme dans « désidéradata2 – reprise », est-ce que cela donne obligatoirement 0 ? Si je dis « interlocutant », est-ce que je pense déjà à « collocution » et « collocuteurtrice » ? When the sentence says « que la police ait terminé, les ouvriers », does it mean what it says or is it just a mistranslation ? Quand la phrase dit « que la police ait terminé, les ouvriers », est-ce qu’elle signifie ce qu’elle dit ou est-elle seulement une erreur de traduction ? When « gesta » is the origin of story, is « gesti- » the origin of stora-, or rather « geste » the origin of store ? Quand « gesta » est l’origine de story, est-ce que « gesti-»  est l’origine de stora-, ou bien « geste » l’origine de store ? 3. If-screens (traduction) If I say that I have a screen-memory, am I misusing a phrase or is my capactiy to remember hazy ?  If I hear « no worries », should I not worry or am I to think that I should try harder ?  If my friend tells me that it’s my projection, does he imply that it’s a private screening or that I am a cinema complete with screen, film print, and opto-mechanical device for displaying motion picture film ? If I write « OMG » and that I am an atheist, does it mean that I don’t know what God I worship or that I like natural crops and anagrams ? When the sentence says « que la police ait terminé, les ouvriers », does it mean what it says or is it just a mistranslation ?   When « gesta » is the origin of story, is « gesti- » the origin of stora-, or rather « geste » the origin of store ? quand « gesta » est l’origine de story, est-ce que « gesti-»  est l’origine de stora-, ou bien « geste » l’origine de store ? If the breast of an academic nude is covered by a black rectangular screen, is Facebook gesturing toward Malevitch and conceptualism or are we not all scopophilic anyway ? If I mean to say « screen memory » and I forget to say « screen », which is more important the screen, the memory or the screen-memory ? If I say « Idem the Same », should I understand twice different, or both ? Since « un store » means a blind, is a screen in store when you don’t see it ?   If he hears « je vais à la guerre » when I say « je vais à la gare », does it mean that I speak daggers, that my language ravels, or that I am driving a car with Anna Karina in a Godard movie ? If I’m saying in French that I’m going to « re-touch  » the screen, am I speaking of changing the typeface of my lines or am I trying to eroticize long-distance calls ? If I speak about screens because I am a skeptic, am I inventing a relation between skeptikos – to examine – and specere – to look ? If I see you lying next to me in the grass when we were boys of 8, is it a screen-memory or a recollection ? If I say « future », do I take it as the opposite of « pasture » ? 4. Si tu dis « rotations brèves interloquées », est-ce que j’entends de l’anglais, comme dans « fingers interlocked », alors que tu parles des bras, ou est-ce que j’attribue des qualités d’étonnement à ces gestes ? Quand tu assistes à une représentation dans un lieu de spectacle, tu ne manges ni ne bois. Quand je suis dans cette salle de spectacle et que j’assiste à cette représentation qui autorise de manger et de boire, pourquoi est-ce que je mange et bois alors que je n’ai ni faim ni soif ? Si je sais depuis plusieurs jours que le navire russe est pris dans les glaces et que je lis : « Le sauvetage du navire russe bloqué dans l’Antarctique en cours34 », est-ce que tu comprends que le navire est enfin délivré, que le sauvetage a dû s’arrêter ou que l’Antarctique se modifie ? Si tu vois les images silencieuses de petites branches réparties sur le bord d’une route35, dois-je en conclure qu’une tempête a dévasté le pays ou que les employés municipaux viennent d’élaguer des arbres comme à chaque saison ? Quand je lis « Un avion de combat Tornado a pour la première fois volé avec des composants en métal imprimés en 3D », est-ce que je manque d’imagination, est-ce que tu ne comprends plus le mot « imprimé », ou est-ce que je me représente un avion en modèle réduit ? Quand elle dit « OK, no problem !! », est-ce que tu te sens agressé, repoussé ou simplement aliéné ? Si je dis « tu es mon ami » aujourd’hui, es-tu toujours mon ami et si tel est le cas cela signifie-t-il que tu possèdes un statut dans mon réseau social ? Si j’envoie ce texte par la Poste et que certains destinataires disent que c’est beau mais qu’il faudra une explication de texte alors qu’il doit être évident jusqu’à un certain point, dois-je penser qu’il faut désormais tout cartographier de ce qui échappe, que tout texte sur la traduction appelle le déchiffrement, ou que mon travail de critique nuit à mon travail d’écriture ? Dans Einstein on the Beach, vu il y a quinze ans sans que personne ne bouge, et dans la même performance d’Einstein on the Beach, vu aujourd’hui où tout le monde sort, revient, parle, mange pendant le spectacle, qu’est-ce qui s’est décomplexé ? Si je dis « réseau social », est-ce que tu penses plutôt dîner de famille, champagne, ou Pentagone ? Si tu écris « le canon littéraire », est-ce que j’entends tonner la guerre, ronfler les tambours, ou est-ce que tu n’oses dire : « mais alors, et l’avant-garde » ? Dans un spectacle de 5 h où je sais qu’il m’est possible de sortir et de rentrer, pourquoi est-ce que nous commençons à manger à partir de 15 min, nous nous levons à partir de 30, et nous faisons d’incessantes allées et venues pendant les tableaux, alors que dans un même spectacle de 5 h où il n’est pas d’usage de sortir, je reste assis pendant toute la durée ? Si je dis « Je m’instruis mieux par fuite que par suite », est-ce que tu penses que je fais un peu facilement référence à Montaigne, ou que c’est mon langage ? HOMMAGE/TRADUCTION/CharlesBernsteinRE-MONTAGE Si la poésie a pour tâche « de nouvelles découvertes », quelle est la tâche de la critique ? (Attack of the Difficult Poems, 253). Quelle est la différence entre la poésie et la prose, entre un poème et un essai ? Est-il possible qu’un poème puisse prolonger l’argument d’un essai ou que cet essai soit le prolongement de la prosodie d’un poème ? (My Way, xi). J’aimerais proposer une forme d’essai modulaire qui permette de grands sauts d’un paragraphe à l’autre et d’une section à l’autre. Dans de tels essais, il devient possible de recombiner les paragraphes afin d’aboutir à une autre version de cet essai – puisque la démonstration ne dépend pas de l’enchaînement linéaire. Juxtaposer des matériaux disparates, quoique reliés, forme un réseau, une constellation ou un environnement. De la même manière, j’envisage les paragraphes comme des séries de longues remarques ou comme des improvisations à partir de noyaux aphoristiques. Ainsi, ces paragraphes sériels quasiment autonomes constituent des sections elles-mêmes sérielles. (Je préfère l’idée de la semi-autonomie à celle de la disjonction. Ces paragraphes ne peuvent pas tenir seuls. Ils dépendent de ce qui vient avant et après. Mais, toutefois, ils possèdent en eux-mêmes des propriétés d’autonomie ou de complétude. Un peu comme vous et moi, après tout). Mon idée est que l’ordre des paragraphes puisse être changé, et, plus important encore, que de l’espace soit laissé pour ajouter des nouveaux paragraphes, un peu comme on laisserait de l’espace pour penser (plus). … Ce n’est pas du collage. Vous êtes au volant et vous décidez de tourner à droite. Vous avez alors le sentiment de tourner et, en changeant de direction, vous éprouvez la sensation de la contingence des relations. Vous pourriez aussi vous engager dans un rond-point et revenir à votre point de départ. Vous descendez une rue, arrivez à un rond-point et vous retournez vers la rue par laquelle vous êtes arrivé, mais vous la voyez cette fois-ci depuis l’autre côté, la rue ne semble plus la même, à supposer qu’elle le soit jamais. Je reviens à mon point de départ, et je me rends compte que l’essai est terminé. C’est bien différent de la rupture engendrée par la parataxe radicale ou extrinsèque, qui provoque des types de modulation, de forme et de discontinuité singuliers. Les paragraphes sont davantage liés par un principe de continuité que par une quelconque discontinuité, mais la relation qui les unit permet de changer de piste tout en continuant à avancer, tout en créant des rapports à ce qui précède (My Way, 8-7). J’ai pris le métro, je n’arrête pas de rater mon arrêt, mais il finit par revenir, de temps à autre, jamais dans le même sens. L’ivrogne ne rentre pas dans le même raisonnement deux fois sans de tomber de son tabouret (My Way, 8). On pense souvent qu’une personne qui ne lit jamais de poésie et qui n’a pas d’intérêt manifeste pour la poésie devrait être à même de juger ce qui est bon et ce qui est mauvais en poésie, car nous sommes tous des « êtres humains » après tout, comme me l’a dit il y a quelques années le président du jury d’un prix très mineur (Attack of the Difficult Poems, 244-245). Les universités peuvent être le lieu essentiel d’une opposition à la construction de l’ignorance, à condition qu’elles ne pensent pas leur rôle uniquement en termes d’amélioration. En effet, la production de l’ignorance est favorisée par la passivité de la communauté universitaire qui accepte des définitions disciplinaires étroites et une spécialisation qui fait peser des contraintes irrationnelles sur la nature de la recherche et de l’écriture, au nom d’une soi-disant professionnalisation qui est, finalement, au service de la contrainte et du contrôle. Parce que les professeurs choisissent de n’envisager leur travail que comme la recherche du savoir et rarement comme de l’écriture, ils se privent de la possibilité que leur travail acquière une force sociale. Lorsqu’on juge de la valeur de l’écriture ou de la recherche, on ne devrait pas poser comme critère la conformité aux normes en vigueur dans le champ d’étude à ce moment, mais on devrait plutôt se demander si chaque phrase et chaque paragraphe sont nécessaires à dire. Sinon, on ne fait qu’aider et encourager ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’université, sont trop prompts à vouloir se rendre à l’idée que la parole publique ne peut s’écrire qu’avec des phrases « simples », ou que les phrases complexes et les longs paragraphes ne sont pas « clairs ». L’idée que les idées complexes et inhabituelles, tout autant que les phrases complexes, sont « élitistes » doit être combattue et tenue pour du populisme démagogique et du quasi-totalitarisme. Ce n’est pas que les écrivains, artistes, intellectuels, ou que les auditeurs et les lecteurs, soient ignorants. Ce sont les contraintes imposées dans les espaces publics qui produisent, protègent et défendent l’ignorance (My Way, 16). Je milite pour la production de travaux culturels publics qui utilisent des modes impopulaires et portent sur des sujets inhabituels (My Way, 16). La critique appartient à un environnement « La poésie est trop importante pour être laissée à ses propres techniques » signifie également que les poèmes ne peuvent pas faire le travail de toute la poésie par eux-mêmes. Pour que les poèmes existent, nous avons besoin de rédacteurs, d’éditeurs, de maquettistes, de relecteurs, de libraires, de sites internet, d’enseignants, de critiques, de détracteurs, de soutiens, et bien sûr, histoire de ne pas les laisser complètement en dehors de l’affaire, de poètes et de lecteurs (Attack of the Difficult Poems, 254). Pour Elizabeth Willis Dans la douceur puissance dans le vent / un air d’encre dans l’air / pinsonnements dans l’encre / une pierre dans l’hiver / l’hiver dans le nid / dans le pin dans l’arbre / filigrane dans le grand / au revoir dans le ver / William Blake dans l’automne / la fortune dans l’océan / une figure dans la toile / le grain dans l’appartement / un corps dans la montagne / sa fabrique dans le cottage / une fable dans l’esprit / sa miniature dans la semence / un soleil dans le poing / une question dans la question / une expédition dans l’expédition / une banque dans le dollar / un sceau dans le sceau / un autre sceau dans le sable / un massacre dans le sang / un esprit dans le mot / ta bouche dans le conte / son labyrinthe dans le lion / l’abeille dans l’abeille / une plaine dans le plan / une ville dans ta ville / sa colère dans ta colère / un port dans ton port / un bateau dans le bateau / le grand large [Traduction de « In Strength Sweetness », Elizabeth Willis, Address (Welseyan, 2011, p. 61)] Pour Anne Waldman Comment marche (bâillements) la Sestine J’ai ouvert ce poème par un bâillement Pensant combien je suis fatiguée de la révolution La façon dont on la présente à la télévision C’est pas vraiment de la poésie Ça manque un peu de méthédrine Si on me demande mon avis, personnellement   Les gens ne devraient pas être traités personnellement Voici un autre bâillement Tiens et puis un peu plus de méthédrine Merci ! mais alors cette révolution Tu en penses quoi ? qu’est-ce que la poésie ? Est-ce comme la télévision ?   Là, je me lève pour éteindre la télévision Génial ! ça commençait à m’atteindre, personnellement Je pense que c’est comme la poésie Bâillement       il est 4 heures du mat’ bâillement     bâillement Ce nouvel album c’est une véritable révolution Si tu l’écoutais tu comprendrais la méthédrine   La meilleure drogue est-ce que c’est non non ce n’est pas la méthédrine C’est pas drôle pour regarder la télévision Tu veux te soulever et faire la révolution Pour quelque chose qui te touche personnellement Quand tu es occupée et impliquée tu n’as aucun bâillement C’est comme avoir des sentiments, de l’énergie, de la poésie   J’aime vraiment beaucoup écrire de la poésie C’est plus drôle que l’herbe, l’acide, le THC, la méthédrine Si je n’arrive pas à écrire j’ai un bâillement Il faut alors se reposer, regarder la télévision Voir ce qui m’arrive à moi, personnellement : La guerre, la grève, la famine, la révolution   Ceci est un exemple de ma propre révolution Sortant de façon habile de la poésie Je veux vous frapper tous, personnellement Comme un trip super fort à la méthédrine Pour que vous deveniez votre propre télévision Deveniez votre propre bâillement   O bâillement géant, violente révolution Télévision silencieuse, belle poésie, Très mortelle méthédrine                                    Je vous ai tous choisis pour mon poème, personnellement. [Anne Waldman, reimp. Vow to Poetry (Coffee House Press, 2001, p. 32-33)] Une enquête onomatopéique J’ai choisi d’envoyer ce questionnaire en anglais à quelques personnes (souvent poètes), moi y compris. Il présente un aspect dérisoire, il peut avoir un principe en théorie, il forme une pratique : peu nécessaire au regard général du langage, l’onomatopée a quelque chose de fondamental pour l’oreille, les yeux / du traducteur / du comédien / de l’animal et de l’objet / des questions mineures / de ce qu’elles amènent avec elles / de comparaison / de récurrence du divers / des protocoles de la discordance infime comme principes / ou comme principe de musicalité / de l’absurdité de ces raisons Ont répondu à l’enquête : Allemand : Sabine Macher Arabe : Omar Berrada (trois versions) Anglais (USA) : Rachel Levitsky Anglais (Canada) : pas de réponse Anglais (Britannique) : pas de réponse Danois : Martin Glaz Serup Espagnol (Chili) : Enrique Winter Hébreu : Zohar Italien : Caroline Zekri Sanskrit : Nisha Ramayya Merci à eux. Deux documents en fin d’enquête : la prise de notes d’Omar Berrada et un court essai de Nisha Ramayya sur cette enquête. What’s the onomatopoeia in _________ for : A clock ticking A knock at the door A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) A train A car engine A dog barking A robin (the bird) singing The sound that a chicken makes The sound that ducks make The sound of a crow The sound of a donkey A frog A horse trotting A howl hooting A pig grunting A car horn The telephone (old standard telephones) Water dripping How do you translate : Chachacha (the dance) Chow Chow (the dog) Chichi (as in overtly fussy) Yum yum (as in food being eaten) Thump thump (as in heartbeats) Ts ts (as in disapproval) Ding dong (as in a bell ringing) How do you say :  Ho ho Ha ha  He he Ouh lala How is this word pronounced :  Coca Cola FRANÇAIS What’s the onomatopoeia in FRENCH for :  A clock ticking : tic-tac A knock at the door : toc-toc A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) : clic ou clic-clac A train : tchou-tchou A car engine : vroum-vroum A dog barking : ouaf-ouaf A robin (the bird) singing : piou-piou The sound that a chicken makes : cot-cot The sound that ducks make : coin-coin The sound of a crow : croa-croa The sound of a donkey : hi-han A frog : croa-croa A horse trotting : tagadac-tagadac A howl hooting : hou-hou A pig grunting : gr-gr ou ron-ron A car horn : pouet-pouet ou tut-tut The telephone (old standard telephones) : dring-dring Water dripping : plic-ploc How do you translate : Chachacha (the dance) : chachacha Chow Chow (the dog) : pékinois Chichi (as in overtly fussy) : chichi Yum yum (as in food being eaten) : miam miam Thump thump (as in heartbeats) : boom boom Ts ts (as in disapproval) : ts ts Ding dong (as in a bell ringing) : ding dong How do you say :  Ho ho : oh oh Ha ha : haha He he : hé hé Ouh lala : ouh la la How is this word pronounced :  Coca Cola : kokakola DANOIS what’s the onomatopoeia in DANISH for :  A clock ticking : TIK-TAK A knock at the door : BANK BANK (maybe) A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) : KLIK (maybe) A train : FUT FUT or maybe TØF TØF A car engine : VROOOM A dog barking : VOV VOV or maybe VUF VUF A robin (the bird) singing : TJIP TJIP (maybe) The sound that a chicken makes : BOK BOK BO-GÅK (not sure about the spelling) The sound that ducks make : RAP RAP The sound of a crow : KRA KRA The sound of a donkey : IHH-A IHH-A (not sure about the spelling) A frog : KVÆK KVÆK A horse trotting : VRINSK A howl hooting : U-UHH U-UHH A pig grunting : ØF ØF A car horn : DYT DYT The telephone (old standard telephones) : DINGELING Water dripping : DRYP DRYP How do you translate : Chachacha (the dance) : Cha-Cha-Cha Chow Chow (the dog) : Pekingeser Chichi (as in overtly fussy) : Chick Yum yum (as in food being eaten) : Uhmmm (as in delicious) Thump thum (as in heartbeats) : DU-DUM, DU-DUM (I just invented that, I’m not sure it works, the literal meaning of the letters are YOU-STUPID, but that is much how it sounds I would say, hmmm) Ts ts (as in disapproval) : Tsk tsk (at least that’s what they say in cartoons) Ding dong (as in a bell ringing) : Ding dong How do you say :  Ho ho : ho ho (as Santa says) Ha ha : ha ha He he : he he (that is more… evil or… gleeful) Ouh lala : oh la la How is word pronounced :  Coca Cola : [Koga Kola] ITALIEN What’s the onomatopoeia in ITALIAN for :  A clock ticking : tic-tac tic-tac A knock at the door : toc toc A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) : clic A train : ciu ciu or tatam tatam (depends on the kind of trip…) A car engine : vrum A dog barking : bau bau A robin (the bird) singing : cip cip The sound that a chicken makes : cocococcodè, if it’s a female - otherwise chicchirichì The sound that ducks make : qua qua The sound of a crow : cra cra The sound of a donkey : hi-ho A frog : gra gra A horse trotting : clopete clopete A howl hooting : Uuuuu A pig grunting : oink oink A car horn : beep The telephone (old standard telephones) : driing Water dripping : plop plop or plin plin How do you translate : Chachacha (the dance) : cha cha cha Chow Chow (the dog) : chow chow Chichi (as in overtly fussy) : smancerie (fare smancerie) Yum yum (as in food being eaten) : gnam gnam Thump thum (as in heartbeats) : tu tum tu tum Ts ts (as in disapproval) : tz tz Ding dong (as in a bell ringing) : din don How do you say :  Ho ho : I’m not sure of the meaning of ho ho in English, but I would say ha ha ha (for laughing) or ehi (to call someone) Oh oh : oh oh, but in the Roman dialect you say oooh! (to say hello or to express disapproval) and aò! (to shout at someone) Ha ha : ha ha ha  Aah : ah or uh He he : eh eh Ouh lala I don’t think there’s an Italian way of saying ouh lala but you can borrow the French ouh là là, with the French pronunciation, and depending on the context you can also use the famous mamma mia How is this word pronounced :  Coca Cola : cocacòla What's the onomatopoeia in _Morocco_ for:  (my mother’s version) A train (you've already answered that one) A clock ticking tk tk (t mouillé de tuna en anglais) a knock at the door taq taq (t sec français de tondeuse) (q est un k guttural) A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) a car engine 3an 3ann (le 3 est un son assez doux du fond de la gorge – la lettre arabe correspondante, dont le nom veut dire « œil », ressemble à un 3) A dog barking haou haou (h aspiré) A Robin (the bird) singing tiw tiw (any bird, really) The sound that a chicken makes rooster makes qoo qoo 3oooo (oo à l’anglaise) The sound that ducks make The sound of a crow The sound of a donkey A frog A horse trotting tgdn tgdn tgdn (tagaden tagaden with less « vowel ») A howl hooting a pig grunting a car horn the telephone (old standard telephones) s(e)rrrrr(e)n water dripping how do you translate: Chachacha (the dance) Chow Chow (the dog) Chichi (as in overtly fussy) yum yum (as in food being eaten) thump thum (as in heartbeats) ts ts (as in disapproval) ding dong (as in a bell ringing) How do you say:  ho ho ha ha  He he ouh lala nari nari (alternatively : wili wili) How is this word pronounced:  Coca Cola cooca coola (oo à l’anglaise) What's the onomatopoeia in _Morocco_ for:  (Fellah Hotel staff, version a) A train tout tout tout (ou français) A clock ticking tk tk tk (t mouillé anglais de tulip) a knock at the door daq daq daq (q = k guttural) A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) tch(e)k tch(e)k a car engine 3an 3aan (3 serait comme un ‘a’ qui frotterait au fond de la gorge) A dog barking haou haou (haw haw) A Robin (the bird) singing The sound that a chicken makes rooster makes qoo qoo 3oo (oo à l’anglaise) The sound that ducks make The sound of a crow The sound of a donkey haak haak (h aspiré) A frog qooq qoq q3ooq qoq (ici oo = o répété) A horse trotting tatatak tatatak tatatak (t mouillé de tuna, ‘a’ très court, à peine audible) A howl hooting a pig grunting a car horn beeb beeb the telephone (old standard telephones) srrrrrr water dripping how do you translate: Chachacha (the dance) Chow Chow (the dog) Chichi (as in overtly fussy) yum yum (as in food being eaten) mmmm thump thum (as in heartbeats) poum poum (‘ou’ français) ts ts (as in disapproval) ding dong (as in a bell ringing) How do you say:  ho ho ha ha  He he ouh lala How is this word pronounced:  Coca Cola Cooka Coola What's the onomatopoeia in _Morocco_ for:  (Fellah Hotel staff version b) A train tch(e)k tch(e)k tch(e)k (or t(e)k t(e)k t(e)k) (les t sont mouillés et les e quasi-inaudibles) A clock ticking tk tk tk (t mouillé anglais de tulip) a knock at the door daq daq daq (q = k guttural) A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) tch(e)k tch(e)k a car engine vvvvvv A dog barking haou haou (haw haw) A Robin (the bird) singing tiw tiw The sound that a chicken makes qaqaqaqaaaq The sound that ducks make beetbeeet (t sec et large, comme dans tableau mais en impliquant la gorge) The sound of a crow qaaaq qaaaq The sound of a donkey A frog qrr qrr (or kghk kghk) A horse trotting tgdk tgdk tgdk A howl hooting a pig grunting a car horn toot tooot (t sec et o répété) (motorbike = teet teet, t large et sec) the telephone (old standard telephones) water dripping taq taq taq how do you translate: Chachacha (the dance) Chow Chow (the dog) Chichi (as in overtly fussy) yum yum (as in food being eaten) thump thum (as in heartbeats) ts ts (as in disapproval) ding dong (as in a bell ringing) How do you say:  ho ho ha ha  He he ouh lala How is this word pronounced:  Coca Cola cooka coola ANGLAIS (USA) What’s the onomatopoeia in ENGLISH (USA) for :  A clock ticking : tic toc A knock at the door : knock knock A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) : no word that I know. Click ? A train : choo choo A car engine : vroom A dog barking : ruff ruff A robin (the bird) singing : tweet The sound that a chicken makes : balk, balk balk balk balk balk The sound that ducks make : quack The sound of a crow : squack The sound of a donkey : neigh A frog : ribbet or gribbet A horse trotting : badump A howl hooting : an owl ? WHOOO A pig grunting : snort A car horn : honk The telephone (old standard telephones) : dingalingaling Water dripping : drip drip How do you translate : Chachacha (the dance) : the chachacha Chow Chow (the dog) : chow chow is a chinese dog ? Chichi (as in overtly fussy) : never heard of this Yum yum (as in food being eaten) : delicious Thump thum (as in heartbeats) : a beat Ts ts (as in disapproval) : tsk tsk, shame on you ? Ding dong (as in a bell ringing) : ding dong, hello, is anyone at home ? How do you say :  Ho ho : hoe hoe Ha ha : hah hah  He he : hee hee Ouh lala : OOOO lălă How is this word pronounced :  Coca Cola : Kō Kă Kō Lă SANSKRIT What’s the onomatopoeia in SANSKRIT36 for ? A clock ticking : yāmadundubhi, a kind of drum or clock on which the night-watches are struck A knock at the door : taḍ, to beat, strike, knock, strike (with arrows) A camera shutter : ṭaṃ ṭaṃ paṭ paṭ kaṭ kaṭ cit cit, to click A train : gharghara, ratting (of a carriage) A car engine : jhalajjhalā, flapping of an elephant’s ears ; huṃ, trumpeting of an elephant ; gulugulita, elephant’s roar A dog barking : bukkana, bark of a dog A robin singing : cīcīkūcī, pakvāpakvā, warbling of birds ; madanapāthaka, « announcer of love or the spring », cuckoo The sound that a chicken makes : kuhaka, cry of a cock ; kulālakukkuṭa, a wild cock The sound that ducks make : gharghara, a duck The sound of a crow : kāka, cawing of the crow The sound of a donkey : kā, cry of the ass ; khārkāra, braying of an ass A frog : bhakabhakāya, a frog ; makamakāya, to croak (as a frog) A horse trotting : dhoritaka, a horse’s trot An owl hooting : ghargaraka, a hooting owl ; hikkā, an owl (hiccup, sob, spasmodic sound in the throat) A pig grunting : śūkara, a boar (making the sound) ; śūkaraśiśuḥ, a gruntling A car horn : pṝ, to fill (with a noise, said also of the noise itself), to blow (a conch) The telephone (old standard telephones) : jhaṇajhaṇāya, kalakalavat, to tinkle, jingle, rattle Water dripping : jhalajjhalā, the sound of falling drops ; chanacchaniti, the noise of drops falling on anything hot How do you translate ? Chachacha (the dance) : narīnṛtīti, to dance about or cause to dance about Chow Chow (the dog) : kurkura, a dog Chichi (as in overtly fussy) : lola, fickle, greedy, lustful ; lolākṣikā, (a woman) with a rolling eye Yum yum (as in food being eaten) : cuścuṣā, a smacking sound (in eating) Thump thump (as in heartbeats) : spandana, throbbing, pulsation, palpitation Ts ts (as in disapproval) : kāka, (expression of contempt, “I rate thee less than a crow”) ; hū, exclamation of contempt (hū hū, yelling of a jackal) Ding dong (as in a bell ringing) : kiṅkiṇi, sound (as a bell) How do you say ?  Ho ho : has, exclamation of laughter or loud merriment Ha ha : hīhī, (exclamation of joy, translatable by) Ha! Ha! Hee! Hee! Ah! or any similar sound He he : āhasa, a quiet laugh Ouh lala : ahaha, interjection, as Ah! Aha! (implying surprise, fatigue, pain, sorrow, pleasure, calling) How is this word pronounced ? Coca Cola : chawchuh chawluh ALLEMAND What’s the onomatopoeia in GERMAN for :  A clock ticking : tick tack tick tack A knock at the door : klopf klopf A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) : click A train : A car engine : brumm brumm A dog barking : wau wau /wuff wuff A robin (the bird) singing : piep piep The sound that a chicken makes : gack gack The sound that ducks make : quak quak The sound of a crow : krah krah The sound of a donkey : iiaah iiaah A frog : quack A horse trotting : galopp galopp A howl hooting  : uhuu uuhu A pig grunting : oink oink A car horn : huup huup The telephone (old standard telephones) : klingelingeling Water dripping : tropf tropf How do you translate : Chachacha (the dance) : tchatchatcha Chow Chow (the dog) : der chow chow hund Chichi (as in overtly fussy) : etepete Yum yum (as in food being eaten) : lecker Thump thum (as in heartbeats) : poch poch Ts ts (as in disapproval) : tss Ding dong (as in a bell ringing) : klingeling How do you say :  Ho ho : ? Ha ha : hihi He he : häh häh Ouh lala : o je oje How is this word pronounced :  Coca Cola : kookakoola ESPAGNOL (Chili) What’s the onomatopoeia in SPANISH (Chile) for :  A train : chiqui chiqui cha A clock ticking : tic tac A knock at the door : toc toc A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) : chic A car engine : grrr A dog barking : guau guau A robin (the bird) singing : pi pi pi The sound that a chicken makes : pío pío The sound that ducks make : cuac cuac The sound of a crow : cra cra The sound of a donkey : i jo A frog : croac A horse trotting : cla clo A howl hooting : uuu A pig grunting : oinc A car horn : bip bip The telephone (old standard telephones) : ring ring Water dripping : clo clo clo How do you translate : Chachacha (the dance) : cha cha cha Chow Chow (the dog) : chau chau Chichi (as in overtly fussy) : ? Yum yum (as in food being eaten) : ñam ñam Thump thum (as in heartbeats) : tu tum Ts ts (as in disapproval) : ts ts Ding dong (as in a bell ringing) : ding dong How do you say :  Ho ho : jo jo Ha ha : ja ja He he : je je Ouh lala : ulalá How is this word pronounced :  Coca Cola Poème du Brésilien Décio Pignatari cité par Enrique Winter pour la dernière question What’s the onomatopoeia in HEBREW for :  A clock ticking : tik tok tik tok A knock at the door : took took took A camera shutter (in a reflex camera or in an electronic camera imitating reflex cameras) : its not a word, its a sound you make with your tounge, sounds a bit like « tik tok » A train : chooooo chooooooooo A car engine : vrooooom vrooooom A dog barking : hav hav A robin (the bird) singing : not sure The sound that a chicken makes : koo-koo-rikoooo ! The sound that ducks make : ga ga The sound of a crow : khhh khhh- or kra kra The sound of a donkey : eeeee ya A frog : kwa kwa A horse trotting : Its not a word, its a sound you make with your tounge, sounds a bit like a rythmical Tse Tse tse A howl hooting : hoooo hooooo A pig grunting : khhh khhh A car horn : beep beep/ peeep peeeep The telephone (old standard telephones) : grring gring Water dripping : tif taf tif taf How do you translate : Chachacha (the dance) Chow Chow (the dog) Chichi (as in overtly fussy) Yum yum (as in food being eaten) : ta-im Thump thum (as in heartbeats) : toodoom toodoom Ts ts (as in disapproval) Ding dong (as in a bell ringing) How do you say :  Ho ho Ha ha  He he Ouh lala How is this word pronounced :  Coca Cola : Usually just Cola Documents relatifs à l’enquête Onomatopoeia – Notes – Nisha Ramayya (April 2014) The Sanskrit word for onomatopoeia is śabdānukṛti, which Monier-Williams translates as « imitation of sounds ». There is something unsatisfactory about this definition, it feels rather incomplete, hinting as it does towards some greater event outwith the lexicographical frame. Parting layers to look inside the word, we find four elements : śabda, sound, voice ; word ; speech, language ; name anu, as a prefix expresses after, alongside, near to, under, subordinate to, with anu - √kṛ, to do afterwards, to follow in doing ; to imitate, copy ; to equal ; to requite √kṛ [the verbal root for Sanskrit, or saṃskṛta], to do, make, perform, cause, effect ; to form or construct one thing out of another The sense is of doing, making, performing a sound after it has already been made ; doing it as well as the prototype, making it the same, returning the favour. But this exchange comes after the original event, so despite perfunctory assertions about equivalence and value, the second entry is necessarily subordinate. The word jhalajjhalā performs the sound of falling drops, it constructs falling drops from linguistic matter. This recreation comes to pass indefinitely ; the drops themselves remain unaffected, continuing to fall between some irrelevant source and surface, existing only in relation to sound. Sanskrit holds many sounds in these syllabic loops, teasing them with temporality. The crackling sound of fire, the bubbling sound of a sinking object, speaking indistinctly through the nose, small bells or tinkling ornaments worn by women, rustling (as the leaves of a tree in the wind). Aspects of ancient Indian culture are preserved in acoustic properties of language, warm and pulsing, indicating touch and smell in ways that the image can only dream of. Sanskrit has always known the powers that sound has over sense. So many of its excessively elaborate structures and rules have to do with achieving and maintaining the most perfect sounds ; so many of its syllables are sacred causation. Phonetic harmony is essential : tongue, teeth, and lips collaborate with breath, releasing the sound only after it has been formed in the mouth. Remember, the spell will only work if it is pronounced correctly. So, śabdānukṛti is doing sound, making voice, performing word, with the implication that these actions come after something spiritually abstract – the sound as it exists before doing, the voice as it exists before making, the word as it exists before performing. Does onomatopoeia reveal the befores and afters of language ? Are hiccups, hoots, and conch horns as close as language gets to truth ? (Or at least whatever truth was at the time and place the dictionary was compiled.) Language laughs indefinitely – hīhī. Notes prises par Omar Berrada HORS PISTES Au seuil de la mort, Gertrude Stein aurait demandé à sa compagne Alice B. Toklas : « What is the answer ? » (Quelle est la réponse ?) Alice ne lui répondant rien, Gertrude Stein aurait repris le questionnement et l’aurait ramené à cette phrase fondamentale : « Then in that case, what is the question ? » Alors, quelle est la question ? J’ai tenté de montrer ailleurs qu’il existe des esthétique, politique et poétique de l’infime contemporaines / que ce ne sont pas des traductions d’une perte essentielle de l’expérience, ou du moins qu’elles ne choisissent pas de mettre l’accent sur celle-ci, mais qu’elles se risquent à affirmer, peut-être scandaleusement, qu’il est possible de dire l’expérience, s’opposant en cela à l’ineffable, qui encombre la poésie. AUTREMENT DIT : Je m’instruis mieux par fuite que par suite On pourrait trouver que l’infime comme contre-pouvoir n’est pas politiquement efficace, c’est peut-être le cas, je ne prétends pas fonder un parti – mais les intermittences des lucioles, l’infra-mince et l’infra-ordinaire, sont une politique, elles ouvrent des failles nécessaires, elles s’interrogent sur la possibilité d’un « être-ensemble sans assemblage ». Rem. « D’une façon générale, on tend à abuser de récupérer, soit à la place de retrouver ou de reprendre (récupérer des forces), soit à la place de ramasser, emporter, acquérir, conquérir » (Dupré 1972). Prononc. et Orth. : [ʀekypeʀe], (il) récupère [-pε :ʀ]. Ac. 1694, 1718: re- ; dep. 1740: ré-. Conjug. v. abréger. Étymol. et Hist. 1495 (J. de Vignay, Mir. hist., XXV, 89, édit. 1531 ds Delb. Notes mss). Empr. au lat.recuperare « reprendre, rentrer en possession de », v. recouvrer. Cf. l’a. fr. soi récupérer « se réfugier » déb. du xives. (Aimé de Mont-Cassin, Hist. des Norm., éd. V. de Bartholomaeis, V, 27, p. 253). Fréq. abs. littér. : 165. Bbg. Quem. DDL t. 9, t. 27. Crédits : L’épigraphe provient de Marcel Mauss, « Les techniques du corps ». Les deux textes reproduits entre les « pistes » ont été publiés dans le Cahier critique de poésie. Le CharlesBernsteinMontage a été publié dans FPC9. NB : Pour la publication du livre, un site internet sera construit, il permettra d’aller consulter les images du livre, d’aller se perdre dans les réseaux, et d’opérer un retour vers le livre.